Vita Sackville-West, Au temps du roi Édouard, parution originale 1930 à la Hogarth Press, traduit de l’anglais par Alice Turpin, lu au Livre de Poche.
Au début du roman nous assistons à une grande réception à Chevron, un immense domaine, un château avec son jardin, son parc à daims et sa noblesse multicentenaire. Le héros principal est Sébastien, « Sa Grâce », l’héritier, qui juge ce monde superficiel et sans intérêt, mais adore Chevron, aime s’en occuper avec son armée d’employés et de domestiques. Mais Sébastien a 19 ans et son chemin n’est pas encore totalement tracé.
Le roman se déroule sur quelques années et retrace les atermoiements de Sébastien. De sa rencontre avec Anquetil, un explorateur qui s’est fait tout seul, ses discussions avec sa sœur Viola, ses aventures sentimentales, ses envies… C’est que les traditions agissent comme un carcan posé sur ses épaules. Tout l’incite à inscrire ses pas dans ceux de ses prédécesseurs. Même ce domaine, tant aimé, où il est si agréable de s’occuper des bois, des maisons, des murs, des chiens, peut apparaître comme une forme de tombeau. Le monde change… on est au début du 20e siècle.
Non, vous ne voulez pas échapper à Chevron. Vous croyez que vous l’aimez, que vous êtes heureux de vous en occuper, mais, en réalité, vous êtes sa victime. Un domaine comme Chevron est un despote de la plus sinistre espèce ; il cache sa tyrannie sous le masque de l’amour. (…) Vous n’êtes pas un être libre. Je reconnais que, probablement, vous ferez votre devoir. Vous serez l’ami de vos fermiers, vous commanderez vos domestiques avec équité, vous présiderez des réunions, vous gagnerez le respect de vos égaux, – tout cela, lorsque vous aurez cessé d’être un jeune fou, mais vous serez mort, vous serez mort…
Ce n’est pas un très bon roman, car qui aurait envie de passer 200 pages au milieu de gens frivoles et vains, même pour les critiquer ? Tout le monde n’est pas Marcel P. Même si la plume de Sackville-West est sans indulgence et manie très bien l’ironie, j’avoue avoir eu du mal à m’intéresser à tout le roman.
En revanche, la peinture de Chevron et la description de l’état d’âme de Sébastien m’ont plu. C’est sans doute là où l’autrice a mis le plus d’elle-même. Chevron ressemble en effet furieusement à Knole, le lieu de l’enfance d’où elle a dû partir (et on comprend donc la sympathie que lui inspire Viola et sa révolte), un lieu où l’on peut devenir soi-même et où s’épanouir, mais aussi un lieu où l’on a un destin tout tracé sans considération pour les individus. Et puis je pense que ce rapport compliqué à la tradition et à la haute aristocratie reflète bien son propre positionnement : Sackville-West n’a jamais quitté son monde, mais ne s’est pas privée de s’en écarter scandaleusement au besoin.
| W. Orpen, John Everett, 1900, Queen's house |
Il y a les relations aux domestiques, cet univers féodal où la noble dame distribue les cadeaux de Noël aux enfants des familles. Seulement, en 1900, certains enfants peuvent refuser d’être menuisiers au château comme leur père et leur grand-père et préférer une carrière plus intéressante. Un maître d’hôtel qui rappelle d’un coup d’oeil qu’il est grand temps de s’habiller pour le dîner et qui est offusqué de constater que tout le monde reste en veston. C’est un réseau de relations dont Sébastien prend progressivement conscience, mais dont il peine à s’extraire.
De Sackville-West, j'ai aussi lu Toute passion abolie qui me semble plus réussi.
Restez concentrés ! Il sera à nouveau question de Chevron samedi.
Intéressant pour observer le microcosme aristocratique de l'intérieur mais, comme tu le dis, on risque de se lasser très vite de la frivolité des protagonistes.
RépondreSupprimerJ'aurais été curieuse de découvrir Vita Sackville-West dont j'ai entendu parler mais tu ne m'encourages pas tellemnt avec cet ouvrage
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