Elena Ferrante, L’Amie prodigieuse, traduit de l’italien
par Elsa Damien, parution initiale en 2011.
Une belle saga.
C’est Elena qui raconte. Au
début, c’est une petite fille et à la fin du livre, elle est une belle jeune
fille. Elle raconte son amitié avec Lila, la fille du cordonnier dans un
quartier populaire de Naples à la fin des années cinquante. Elena est bonne
élève et appliquée, Lila est brillante et n’en fait qu’à sa tête. Les parents
de l’une acceptent qu’elle fasse des études, les autres refusent. Elena raconte
l’amitié, les brouilles, les confidences. Elle voudrait être la meilleure, elle
n’est souvent que la suiveuse. Les deux amies se sont jurées de trouver la
richesse et le rêve, mais il n’y a que le triste lycée, les amourettes de
quartier, le mariage avec l’argent, la camorra, les femmes qui restent à leur
place et les gars qui font le coup de poing… Trouveront-elles leur place ?
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| Vendeur de boissons fraîches à Naples, 1895, Florence Fratelli Alinari, RMN. |
Si les péripéties sont
nombreuses, rien n’est totalement inattendu. La plupart des étapes de
l’apprentissage des deux héroïnes sont attendues et on devine les désillusions,
les hésitations, les joies, les tristesses que leur existence traverse. Sur ce
fil somme toute très classique, le récit est vraiment maîtrisé. Une belle
lecture !
Je la regardais de ma fenêtre, je
me disais que sa forme précédente s’était cassée et je repensais à ce splendide
passage de sa lettre, au cuivre fendu et tordu. C’était une image que désormais
j’utilisais sans cesse, à chaque fois que je percevais une fracture à
l’intérieur d’elle ou de moi-même. Je savais – ou peut-être j’espérais –
qu’aucune forme ne pourrait contenir Lila et que, tôt ou tard, elle casserait
tout une nouvelle fois.

