Nathalie Quintane, Chemoule, un chat français, avec les dessins de Stephen Loye, P.O.L., 2025.
La narratrice est une chatte, Chemoule. Elle raconte le quotidien de sa vie et se livre à un exercice d'écriture. Dormir, manger, chier, la toilette, la promenade, le jeu, dormir au lit, dormir devant le feu... avec ses mots à elle et sa logique à elle.
Finalement je rentre, je sors, finalement je rentre et sors, finalement je suis dehors-dedans, moitié dedans moitié dehors. Pause. Je mets un point, je mets une virgule, je mets un point-virgule ; j'aime le point-virgule, qui n'est ni un point ni une virgule. J'aime la virgule sous le point et le point sur la virgule, avec un blanc entre eux deux et elles deux.
C'est un petit livre, qui en laissera certainement plus d'un pantois, un jeu littéraire, sans réelle logique ni progression. Pas de révélation sur la psyché du chat ou d'histoire animale intelligente. J'ai eu l'impression d'un essai ludique pour rendre le pur présent d'un être qui ne s'interroge pas sur son identité, son histoire, son avenir, qui serait pleinement à ce qu'il (elle) fait.
On peut aussi trouver que ça tourne court. Parce que nous autres ne savons pas nous contenter de l'essentiel : dormir.
C'est un placard des années 1930 ou 1950 avec une poignée d'or en forme de lame de faucille, qui branle. Il faut tourner la clé ou la clef, il faut tourner la cleffe, et au fond, à gauche, derrière une pile de chaussures, je suis là.
Je rougeoie devant le feu, j'ai le poil rose et rouge.
Tu sèmes des carottes, je te grimpe sur le dos. Tu plantes un pied de tomates, je me plante à côté du pied de tomates. Tu ratisses, je cours après le rateau. Tu oublies l'accent circonflexe sur le a de râteau, je te mords.
Je dors.



