La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



lundi 24 janvier 2011

« Je n’aime pas vraiment le silence, sauf au théâtre. »

Iris Murdoch est une romancière britannique (1919-1999) qui a publié des dizaines d’ouvrages mais je n’en ai lu qu’un seul, totalement par hasard, La Mer, la mer, que j’ai trouvé extrêmement brillant et palpitant, plein de suspense et de rebondissements, sous des dehors planplans.

Charles Arrowby est un homme de théâtre londonien, à qui tout a réussi et qui a décidé de prendre sa retraite dans une maison très isolée, humide, sans électricité, bâtie au bord du rivage et un peu vivante. Il passe ses journées à faire la cuisine et à nager. Il ne veut voir personne et se méfie des nouvelles qu’il reçoit de Londres. Mais l’oisiveté lui est impossible : il se lance dans l’écriture de ses mémoires, d’anciens amis viennent lui rendent visite et il décide de reconquérir un amour de jeunesse qui n’a plus rien de charmant. Il a un regard ironique sur lui-même mais semble se créer ses propres passions (peut-être pour détourner son ennui). Les personnages de théâtre qui s’installent chez lui avec leurs querelles et leurs trahisons sont grotesques, l’humour et la cruauté sont au cœur de tous leurs actes. Surtout, la maison semble hantée, les pièces recèlent d’angoissantes inconnues et alors qu’Arrowby attend de voir des phoques sur les rochers, ce serait un monstre marin qui lui serait apparu. Il fait très chaud, l’étendue bleue de la mer est menaçante, les tempêtes et les orages enveloppent la maison. Un roman à la première personne où Arrowby semble à la fois simple et ordinaire, fou et narcissique, lucide et aveugle sur lui-même… les nuances d’un monde incertain.

Ça commence comme ça...

S’étendant devant moi qui suis là à écrire, la mer luit plutôt qu’elle ne scintille sous le doux soleil de mai. À l’étale de la marée, elle repose tranquillement contre la terre, sans presque une marque de vaguelettes ou d’écume. Vers l’horizon, elle est d’un violet somptueux, strié de vert émeraude en raies régulières. À l’horizon même, elle devient indigo. Près de la côte, là où la vue s’encadre pour moi dans les amas de rochers jaunes bossus, s’étire une bande d’un vert plus clair, d’une pureté glaciale, moins lumineuse, opaque en tout cas et non transparent. Nous sommes dans le Nord, et les rayons du soleil vif ne peuvent pénétrer les flots. Là où l’eau clapote doucement sur le roc, il subsiste encore en surface une pellicule de couleur. Le ciel sans nuages est très pâle à l’horizon indigo qu’il frange légèrement d’argent. Le bleu va s’accentuant vers le zénith où il vibre. Mais le firmament n’en paraît pas moins froid, le soleil lui-même semble glacé.


Et un peu de bibliographie sur les rapports entre Queneau et Murdoch.

Iris Murdoch, La Mer, la mer, traduit de l'anglais par Suzanne Mayoux (1978), Paris, Gallimard, 1982.



1 commentaire:

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