La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



jeudi 7 avril 2011

À cette époque-là, un officier français se fût déshonoré s’il eût trotté en s’enlevant sur ses étriers.

Labrêche ne comptait pas seulement sur ce qu’on appelle un souvenir, mais sur une bonne petite pension qui lui permettrait de satisfaire sa pension pour la nonchalance et la lecture des romans. Il rêvait déjà une maisonnette tranquille avec un serviteur à ses ordres et un arrangement avec les libraires des environs pour avoir tous les ouvrages nouveaux.

Et voilà, un roman qui compte parmi ses personnages un homme amateur de romans, qui s’imagine reconnaître un chevalier ou un prince dans un brave homme vêtu en paysan. Il rêve de ne rien faire pour lire et d’avoir de l’argent pour s’arranger avec ses libraires. Comme l’on se reconnaît dans ce personnage ! Cette vision du bonheur est très proche de la nôtre…
Le billet du jour a une triple ambition (oui, ce blog est quelquefois finement réfléchi) : un rendez-vous, un livre et un blog.
  1. D’abord, ceux et celles qui se reconnaissent dans Labrêche et qui sont à Marseille peuvent venir au prochain club de lecture de la Bibliothèque du Panier : samedi 9 avril à 10h30, place du Refuge.
  2. Ces quelques lignes sont extraites d’un court roman de George Sand, La Famille de Germandre. Oui, vous avez bien lu, Germandre et pas Guermantes, même si cela rend Proust très sympathique d’avoir respiré l’air des romans de Sand.
Le marquis Symphorien de Germandre vient de mourir dans son château du Berry. C’était un vieil original, qui se passionnait pour des boîtes à secret et à mécanisme, les sciences occultes et les mystères. Et il a composé un étrange testament : toute sa famille doit se réunir et l’héritage ira à celui ou celle qui sera capable d’ouvrir une inquiétante boîte en bois, ornée d’un sphinx en or. Toutes les supputations sont permises quant aux pièges, dangers et trésors cachés. On ne sait même pas de quoi est fait l'héritage. Mais le vrai suspense tourne autour de quelques jeunes gens de la famille qui sont bien incertains quant à leur propre avenir : Octave, jeune militaire à l'esprit un peu trop aiguisé, Henriette, jolie veuve rêvant d'un mari qu'elle aimerait bien, le chevalier, le cousin pauvre vivant de l'agriculture, les enfants, une mère inquiète. Et Labrêche, le valet de chambre hésitant entre son snobisme et son bon cœur. C’est un livre absolument délicieux qui s’interroge sur les rapports humains avec beaucoup de finesse. On sent que Sand a longtemps observé ses proches, hommes et femmes, interrogé les liens de l’amour, de l’amitié, entre membres d’une même famille. Elle montre à la fois la complexité et la sincérité des sentiments qui nous lient les uns aux autres, d’une plume alerte et moderne.

Il s’enfonça sous l’ombrage de ces vieux arbres qui fermaient d’une voûte impénétrable l’accès au soleil. Le sentier qu’il suivait devenait de plus en plus humide. (…) Les arbres se pressaient de plus en plus, les uns droits, élancés, cherchant l’air et la lumière et l’accaparant déjà aux dépens des anciennes souches qu’ils avaient dépassées. Ces vieillards bossus et décrépits tombaient étouffés sous le lierre qui les envahissait et hâtait leur ruine ; quelques-uns, déjà moitié morts et penchés d’une façon menaçante, nourrissaient, sur leur tige moisie, de fautes fougères et des iris que les débordements avaient apportés jusque sur leur tête.


C'est un roman aux passions douces, très agréables à lire, qui apaise l'esprit, idéal pour s'endormir après une journée toute en tension.
Vous pouvez lire ce petit livre sans dépenser un seul centime. Il n’est plus édité et vous le trouverez sur Google books. Et si vous avez encore des doutes voici la chronique qui m'a fait craquer, écrite par une George d'aujourd'hui. Je vous préviens, si vous avez déjà du mal à lire tous les livres de vos rêves, le blog Les livres de George va vous mettre à la torture : notre nouvelle George a le génie de faire partager ses découvertes et de donner envie de lire encore plus (et elle ne se cantonne pas à Sand). On ne s’arrête plus de la remercier… tandis que les piles de livre montent, montent...

Dessin au crayon par Georges Sand, représentant son maison de Nohant. Paris, bibliothèque de l'Institut, cliché RMN.

George Sand, La Famille de Germandre, Paris, Michel Lévy frères, 1861.



4 commentaires:

  1. Toujours passionnant de replonger dans les classiques et George Sand en particulier ! Je n'ai qu'une vieille édition de François le Champi dans ma PAL et je vais aller voir ces Germandre sur Google... Merci du tuyau !!^^

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  2. J'avais lu un truc de Sand il y a tellement longtemps que je ne m'en rappelle pas (et pour les tuyaux sandiens, on remercie George naturellement).

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  3. je rougis derrière mon écran.... merci beaucoup beaucoup !
    Je suis très heureuse que ce roman presque méconnu t'ait plu, il est assez différent des autres romans de Sand, je trouve, mais Sand est tellement surprenante !

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  4. j'adore les maitre-sonneurs qui jouent de la cornemuse dans le bourbonnais!

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