La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



dimanche 8 mai 2011

Marie-Louise dit que c’est agréable de savoir que rien ne se déplace aussi vite que la lumière.

Merete Pryds Helle, L’Étreinte du scorpion, traduit du danois par Inès Jorgensen (2009), Montfort-en-Chalosse, Gaïa Éditions, 2010.

Edith fouille un petit village néolithique dans le désert de Jordanie, elle doit rédiger sa thèse sur ce mystérieux moment de l’humanité : le début de l’agriculture et de la domestication animale. Avec le début de la sélection génétique : parce que les nouvelles céréales ne peuvent pas se ressemer seules et ont besoin de l’homme, parce que le mouton sauvage quand tout est encore sauvage ne porte pas de laine douce. Avec le bouleversement de la conception du temps : il faut stocker, prévoir, s’organiser. Mais pas forcément avec la fin de l’ère nomade. Avec l'intégration des ancêtres dans cette nouvelle histoire.
Immobilisée sur un lit d’hôpital pendant quelques jours à cause d’une piqûre de scorpion qui a failli l’emporter, la jeune femme imagine Edith, vivant dans son village, s’apprêtant à échanger des graines encore jamais vues que lui présentent deux hommes qui eux, voudraient un clan pour les accueillir.

Alors ils marchent pendant deux jours le long de la forêt avant d’y pénétrer, pour ne pas prendre le même chemin que les autres habitants du village. Edith aurait bien aimé rencontrer un autre clan, c’est toujours amusant, c’est vrai, c’est amusant. Tantôt ils disent des choses bizarres, tantôt on a du mal à les comprendre, tantôt ils savent des choses, ou mastiquent des plantes inconnues, tantôt ils offrent à son père un chiot qui a maintenant deux ans et gambade à côté d’elle. Elle l’appelle Viens parce qu’il vient quand elle l’appelle, et le chien est encore le seul animal à faire cela.

Notre thésarde imagine le village et ses habitants, les tatouages, les plumes, les peaux qui habillent les corps de chacun, les outils, le rythme de la vie d’Edith et des siens. C’est un livre très attachant où la voix de la première Edith s'entremêle à celle d'aujourd'hui.

Il était alors ce que nous appelons aujourd'hui dix heures du matin, mais qui pour ces femmes était plutôt : nous voici levées depuis longtemps, nous avons senti les dernières bribes de fraîcheur nocturne glisser sur notre peau, vu la lumière se déplacer comme un vent de sable sur le ciel (...).


Un livre que j’ai vraiment bien aimé (merci Marie-Neige pour ce prêt). La lecture en est très agréable. On ne saura pas tout de nos deux Edith, un peu comme dans la vraie vie, où tout le monde a des secrets un peu tristes dont on ne parle pas et des secrets bien doux que l’on protège. J’aime bien les romans où on ne sait pas tout.
J’ai beaucoup d’intérêt pour l’histoire et l’archéologie et j’ai apprécié cette tentative. Cela n’a pas la prétention d’une reconstitution historique mais nous permet à nous de nous interroger : quel peut être l’univers de ces humains-là qui ont changé notre vie ?

La photo, c'est Shkârat Msaied, le village d'Edith et ce site présente les résultats des fouilles. Le roman nous parle aussi de Göbekli Tepe, un site couvert de pierres dressées.





4 commentaires:

  1. Des pierres dressées dans ce désert également ? Décidément, rien en cessera de ma surprendre.

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  2. Oui, quand j'ai lu ça, je me suis dit "oh c'est un roman" mais en fait non, c'est exact. Le site a l'air de poser de fascinants problèmes archéologiques.

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  3. Je prends note, ce livre a l'air bien ne serait-ce que pour son côté archéologique

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  4. Ah, intéressant !! J'aime beaucoup en apprendre sur la préhistoire !

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