La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



mardi 7 juin 2011

On avait le ciel, là-haut, tout pointillé d’étoiles, et on se couchait sur le dos pour les regarder, et on se demandait si elles avaient été fabriquées, ou si elles étaient juste là.

Mark Twain, Aventures de Huckleberry Finn, traduit de l’américain par Bernard Hoepffner, 1884, Auch, Tristram, 2008.


   Sans doute le meilleur roman de Mark Twain, un livre assez extraordinaire. Huckleberry Finn est le meilleur ami de Tom Sawyer mais il est beaucoup moins chanceux. Son père est violent, l’enferme à double tour dans une cabane et ne songe qu’à l’exploiter. Il décide de s’enfuir sur un radeau en descendant le Mississippi. Il est rapidement rejoint dans son voyage par Jim, un nègre appartenant à Miss Watson, la tante de Tom. Apprenant qu’il va être vendu, il a pris la fuite pour essayer de prendre un vapeur et de rejoindre les grandes villes du Nord où il serait libre…
   Le roman fait le récit de ce long voyage sur le fleuve. Huckleberry Finn et Jim doivent voyager la nuit car Jim ne doit pas être repéré. Ils rencontrent des fermiers, des charlatans, des escrocs, des bandits, des ouvriers faisant descendre du bois. Chacun a son langage à soi. Huckleberry a une fausse innocence mâtinée par le bon sens, il observe les beaux parleurs et assimile peu à peu l’idée que ce nègre est son ami, qu’il n’est pas en train de voler Miss Watson en l’aidant à être libre. Ils vivent toutes sortes d’aventures et les descriptions du fleuve, chaque matin et chaque soir, sont toujours différentes.



« Tu es quoi ? »
« Oui, mon ami, c’est malheureusement vrai – tes yeux se posent en ce moment même sur le pauvre dauphin disparu, Looy le Dix-septième, fils de Looy le Seizième et de Marry Antonette. (…) »
Alors Jim et moi on s’est mis à le majestiser, et à faire ceci, et cela, et encore autre chose pour lui, et à rester debout tant qu’il nous avait pas dit qu’on pouvait s’asseoir. (…)
Il m’a pas fallu longtemps pour me rendre compte que ces menteurs étaient pas du tout des ducs et des rois, mais seulement des charlatans de la dernière espèce et des escrocs. Mais j’ai jamais rien dit, jamais rien montré ; j’ai gardé ça pour moi ; c’est ce qu’il y a de mieux. Alors, pas de disputes, et pas de problèmes. Ils voulaient qu’on les appelle duc et roi, eh bien j’avais rien contre, tant qu’on avait la paix dans la famille ; et ça servait à rien d’en parler à Jim, alors je lui ai pas dit.

Un récit d’aventures, qui file vers la liberté et l’amitié. La langue est tellement vivante, on lit le roman à toute vitesse, ou plus lentement en savourant les mots rares qui servent à décrire le fleuve, sa végétation et ses bateaux. Un bonheur de lecture.

Currier & Ives (2e moitié du XIXe siècle), Un virage sur le Mississipi, lithographie, New-York, The Metropolitan Museum of Art, image RMN.


6 commentaires:

  1. Je me rappelle d'un dessin animé où il apparaissait, j'aimerais beaucoup lire le livre :)

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  2. Oui ! Essaie de trouver cette traduction-ci. Elle est récente et ne charcute pas le livre sous prétexte que c'est "jeunesse", toute la langue de Twain est respectée.

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  3. J'ai acheté cette version mais je ne l'ai pas encore lue, cette été je pense et ton billet fait remonter le livre vers le haut de la pile

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  4. Ce sera l'occasion de passer un été en descendant le Mississippi, ça ne se refuse pas.

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  5. catherine bibliothècaire1 décembre 2011 à 10:15

    Une bande dessinée vient de sortir
    illustrée par le célèbre Mattotti!

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