La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



lundi 5 septembre 2011

C’est une femme de grands moyens et qui ne serait pas déplacée dans une sous-préfecture.

Gustave Flaubert, Madame Bovary, mœurs de province, 1e publication dans la Revue de Paris, 1856, édité en 1857.

Relecture d’un classique, un chef d’œuvre, avec beaucoup de plaisir.
L’histoire est connue : Emma Bovary s’ennuie auprès de son médecin de mari, elle a la tête emplie de rêves romanesques, d’amours et de voyages en Italie… elle ne prend aucun intérêt à la réalité médiocre et monotone de sa petite ville de Normandie. Un amant, un deuxième, des dettes, la déchéance finale.
Lors de cette deuxième lecture, j’ai particulièrement apprécié la langue : les mots sont précis et choisis, dans une alternance de détails significatifs et de banalités représentatives d’un état d’esprit bourgeois. Une sorte de plénitude de sens qui force à une lecture lente. Flaubert a soigné son évocation de la Normandie : les comices agricoles, les notables qui se vouent au progrès, les animaux, les aliments, les plats, les costumes, les plantes… J’ai aussi aimé la description de Rouen, du port, de la cathédrale, de la soirée à l’opéra comique. Tout cela fait tellement vrai (alors que, bon…). Rien n’est gratuit et le tableau est complet.

Madame Bovary, quand elle fut dans la cuisine, s’approcha de la cheminée. Du bout de ses deux doigts, elle prit sa robe à la hauteur du genou, et, l’ayant ainsi remontée jusqu’aux chevilles, elle tendit à la flamme, par-dessus le gigot qui tournait, son pied chaussé d’une bottine noire. Le feu l’éclairait en entier, pénétrant d’une lumière crue la trame de sa robe, les pores égaux de sa peau blanche et même les paupières de ses yeux qu’elle clignait de temps à autre. Une grande couleur rouge passait sur elle, selon le souffle du vent qui venait par la porte entrouverte.

Albert Fourié,  Mort de Madame Bovary, 1883, musée des Beaux-Arts
de Rouen, image M&M.

Pas un grain gramme de psychologie...
Le seul point qui me pose problème est commun à de nombreux romans du XIXe siècle est qu’il s’agit du récit d’une chute et que le lecteur le sait. C’est un mouvement inexorable vers la destruction. Non que cela soit invraisemblable mais cela m’énerve. C’est cependant la possibilité du magnifique récit de l’agonie d’Emma et des soins apportés à sa dépouille :

Emma avait la tête penchée sur l’épaule droite. Le coin de sa bouche, qui se tenait ouverte, faisait comme un trou noir au bas de son visage, les deux pouces restaient infléchis dans la paume des mains ; une sorte de poussière blanche lui parsemait les cils, et ses yeux commençaient à disparaître dans une pâleur visqueuse qui ressemblait à une toile mince, comme si des araignées avaient filé dessus. Le drap se creusait depuis ses seins jusqu’à ses genoux, se relevant ensuite à la pointe des orteils ; et il semblait à Charles que des masses infinies, qu’un poids énorme pesait sur elle.


Une lecture commune avec Marion.
Et un article de Pierre Assouline sur la censure opérée par les propres amis de l'écrivain, au nom de la morale.

10 commentaires:

  1. Je dois avouer que je ne m'attendais pas du tout à cette fin, sûrement parce que je lis peu de classiques dans ce genre. Mais en y réfléchissant après, elle était inéluctable et elle est au moins cohérente avec le comportement d'Emma qui ne peut pas gérer la tournure des évènements. J'ai beaucoup aimé, c'était une première lecture pour moi et elle m'a donné envie de continuer à lire Flaubert

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  2. Comme je l'avais déjà lu, je peux dire que "si, je m'y attendais". Mais c'est quelque chose avec quoi j'ai un peu de mal. Cela dit, la prochaine étape c'est relecture de Salambô et re-relecture de l'Éducation sentimentale et d'un Coeur simple et autre...

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  3. Je me rappelle avoir beaucoup aimé ce roman même si Emma Bovary était un peu énervante. Je suis d'accord les descriptions ont l'air très réalistes on ne peut s'empêcher de croire à l'histoire

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  4. Je dois avouer que ce classique manque à ma culture, faudrait que je m'y mette quand même...

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  5. Allez Delphine, nous n'attendons...

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  6. quand je vois le nombre de livres que j'ai envie de relire... effarant !
    il va falloir que je m'organise pour mettre un classique par mois...
    bises

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  7. Ah la relecture, c'est un drame qui fait d'innombrables victimes consentantes, on n'en parle pas assez....

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  8. J'ai très envie de le relire aussi !

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  9. C'est mon Flaubert préféré mais c'est sûr que ce n'est pas le style d'écrivain qui te transporte sur un petit nuage rose!!

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  10. ah Flaubert on ne s'en lasse pas, on est pris par la langue, si juste, si exacte, si cruelle... pas de rêvasserie en effet;

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