La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



mercredi 21 mars 2012

Étendue là, sans pouvoir trouver le sommeil, à l’écoute du bruit de la mer, je me rends compte que j’ai aussi oublié à quel point la toile de tente qui me sépare de la nuit est mince.


Johanna Sinisalo, Oiseau de malheur, traduit du finnois par Paula et Christian Nabais, 1e publication 2008, Arles, Actes Sud, 2011.

Voilà un livre curieux*. Un couple de Finlandais, Heidi et Jyrki racontent alternativement leur voyage : 6 mois de marche intensive en Australie et Nouvelle-Zélande. Ils viennent de se rencontrer, sont ensemble sans l’être. On sait plus de choses sur Heidi, sa famille et son ressenti, tandis que Jyrki reste plus inaccessible, plein d’expérience en matière de marches dans la nature, de camping dans des conditions sauvages et de conscience écologiste.
Ce livre est intéressant et original dans sa construction et ses choix narratifs. Nous avons peu de descriptions des magnifiques paysages de Tasmanie car les sites sont décrits du point de vue de ceux qui les parcourent. D’où l’insistance sur le sol, la boue, les racines, la brume, les rivières… et nos randonneurs sont cernés par un oiseau mystérieux (au sujet duquel on peut faire bien des spéculations), le Kéa. De même le poids des anecdotes pittoresques est plutôt faible, les péripéties étant celles du quotidien : une rivière à traverser, les déchets à récupérer et trimballer, un lacet qui disparaît, la cuisson de la nourriture. Ce n’est pas non plus l’exploit physique qui est mis en avant mais les efforts constants et routiniers des marcheurs.
Heidi lit Au cœur des ténèbres de Joseph Conrad et des citations parsèment tout le roman, faisant allusion aux transformations de la personnalité qui se font jour quand les humains côtoient trop longtemps la nature sauvage.


St Columbia Falls, image wikipedia
N’importe quelle plage de sable est formidable, magnifique, sublime, quand on la foule sur quatre cents mètres.
Ce n’est qu’un gros tas de merde quand on doit marcher dessus durant quatre kilomètres.
D’ordinaire, c’est génial d’enfouir ses orteils dans le sable d’une plage à chaque pas. C’est génial de sentir son pied s’enfoncer dans le sable.
D’ordinaire, tu n’as pas un sac de douze kilos sur le dos, ni des pompes de rando qui pendouillent autour de ton cou et dont les talons et les pointes te défoncent les côtes.

De manière incompréhensible, la Tasmanie se montre à la fois très ancienne et d’une fraîcheur de nouveau-né. Assez âgée et expérimentée pour savoir comment jouer avec nos nerfs, mais en même temps si jeune que nous avons l’impression de déranger la tranquillité d’un animal qui vient de voir le jour et aspire à cette paix qu’il suppose être légitimement sienne.


* Pour des raisons strictement personnelles, je me dois de préciser que j’ai acheté ce livre au printemps dernier, après le Salon du Livre et bien avant ma rencontre avec Moustachu.

Je ne sais pas si ce livre est très finlandais, sa pensée reste froide et profonde tout à la fois. Est-il australien ? encore moins je pense ! Mais il m'a vraiment intéressée.



3 commentaires:

  1. ça donne envie! ça me changerait de barcelone , de la place filipe nevi et de la place real. bises à toi voyageuse!

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  2. prémonitoire! alors!

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  3. Ah oui Cath, c'est très différent en effet ! Dépaysant est le terme. Bises à toi aussi.

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