La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



jeudi 29 août 2013

C’étaient des ténèbres pleines de mouvement et de lumière, des toiles bizarrement étranges.


Rosa Montero, Des larmes sous la pluie, paru en 2011, traduit de l’espagnol par Myriam Chirousse, publié en France chez Métailié, 2013.

Il s’agit d’un thriller et d’un roman d’anticipation, dans un futur très crédible et proche du nôtre. L’héroïne, Bruna, est une rep, c’est-à-dire une réplicante, une androïde, un être à la mémoire artificielle, programmée pour mourir à une date donnée. Elle est détective et se voit mêlée à un sombre complot visant à monter les humains contre les reps, assorti d’une série de crimes tous les plus horribles. Cette série de meurtres a des répercussions politiques, la cohabitation entre espèces étant prête à exploser du jour au lendemain.

Si l’action se situe en 2109, il s’agit cependant d’un monde reconnaissable. On n’est pas perdu dans cette Terre mais on goûte le charme du dépaysement. Les nouvelles idéologies ont investi d’anciens bâtiments. L’air est tellement pollué qu’il se vend. Le dernier ours blanc a disparu, se noyant dans une mer dépourvue de toute glace. Une sorte de Wikipedia écrit la mémoire de la terre mais est manipulé par… on ne sait qui. Il y a quelques prudents extraterrestres. Mais on est toujours dans un monde de policiers bourrus, de bas-fonds et de verres d’alcool trop nombreux. Bruna est attachante, androïde avec des contradictions toutes humaines. Les personnages qu’elle rencontre sont variés et on s’intéresse à cet univers avec ses animaux familiers, ses tatoueurs, ses bars sympas.

Soulages, Peinture, 324 x 362 cm, 1985 (Polyptyque C)
1985, Paris, Centre Georges Pompidou, image RMN.
J’ai dévoré le livre. Je suis impressionnée par la capacité qu’a Montero à investir un genre totalement nouveau pour elle, avec une maîtrise propre à un grand écrivain.
Je n’avais pas prévu de lire ce roman mais Rosa Montero était présente aux Quais du Polar de Lyon. Il n’y avait absolument personne autour d’elle, j’y suis allée et elle a été absolument adorable, toute gênée parce que ce n’est pas une auteur de polars et que donc personne ne s’intéressait à elle. Comme j’avais beaucoup aimé La Folle du logis, ouvrage de réflexion sur son métier d’écrivain, je me suis laissé tenter par ce dernier titre. Et je suis aux anges. C’est un très bon roman. S’il avait été écrit par une Américaine ou mieux, un Américain, il y aurait certainement eu plus de battage autour. Mais c’est une petite Espagnole.

Par ailleurs, il y a un très bel hommage à Soulages et une note proustienne. Parce que ce roman est un hymne à la mémoire et aux souvenirs même déformés et douloureux, ce sont eux qui font que Bruna est si spéciale.

Ça commence comme ça :
Bruna se réveilla en sursaut et se rappela qu’elle allait mourir.
Mais pas maintenant.

Les avis d'Une comète, de Dédale, de Keisha.



6 commentaires:

  1. Bonjour,
    Je crois bien que cette auteur sait manier tous les genres : un vrai génie et une réussite que ce roman écrit "à la manière de" Philip K Dick, qui se lit comme un polar et offre un monde vraiment compréhensible, abordable et malheureusement envisageable.

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  2. Oui, elle est vraiment impressionnante. Et je l'ai découverte grâce à tes 12 d'Ys ! Merci.

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  3. Je l'avais vu d'occasion à la librairie mais j'ai hésité. J'aime beaucoup les dystopies mais ne connaissant pas l'auteur, je n'ai pas osé prendre le risque mais ton billet me fait regretter du coup ! Je n'ai plus qu'à y retourner ^^

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  4. Elle est du tonnerre cette auteure. Je l'ai complètement adoptée en lisant La folle du logis.

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  5. Oui Aaliz, en effet, je crois qu'il faut que tu cours l'acheter !
    Loo : pareil ! Une grand auteur sans l'ombre d'un doute.

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  6. Je pense que ce livre me plairait beaucoup, je le note.

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