La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



vendredi 8 novembre 2013

Cela vaudrait parfois la peine d’écrire un livre sur les gens. Ils sont bizarres.


Dashiell Hammett, Coups de feu dans la nuit, intégrale des nouvelles, édité par Omnibus, 2011.
Parutions originales entre 1922 et 1961.
Traduit de l’américain par J.-F. Amsel, Natalie Beunat, Frédéric Brument, Véronique Donnat, Jean-Luc Fromental, Philippe Grunebaum, Marie-Christine Halpern, Jeannine Hérisson, P.-J. Izabelle, François Landon, Christian Marie, Thierry Marignac, Richard Matas, Daniel Riche, Henri Robillot, Maud Sissung, Liliane Sztajn et France-Marie Watkins.

Je n’aime pas l’éloquence : si elle n’est pas assez convaincante pour percer votre carapace, elle vous ennuie, et si elle vous convainc, elle trouble vos pensées.

Pendant plusieurs mois j’ai lu ce volume de 1200 pages rassemblant l’intégralité des nouvelles de Dashiell Hammett. Si vous aimez la littérature noire, ce sera pour vous un pur bonheur ! J’ai même préféré les nouvelles aux romans. Le style concis d’Hammett se coule à la perfection dans la forme courte.
La majorité des nouvelles sont policières, même si quelques-unes sont simplement noires et pleines d’humour grinçant. Deux ou trois mettent en scène des couples me rappelant ceux de Dorothy Parker. Le narrateur le plus fréquent est un détective travaillant pour une agence de San Francisco, un homme replet, peu enclin à la violence, pragmatique et s’efforçant de bannir toute psychologie de son travail. Je l’ai beaucoup aimé ! Il y a aussi quelques nouvelles avec le Sam Spade des romans.

Owen Smith, Dashiell Hammett's San Francisco,
2008, piqué sur internet
Elle n’était pas à proprement parler belle, mais c’était le genre de femme qu’on ne peut quitter des yeux lorsqu’on se trouve seul avec elle et qu’on préfère ne pas voir appartenir à un homme dont on a peur.

Nous plongeons dans le San Francisco d’avant guerre, métropole à l’heure de la prohibition et de l’âge d’or du gangstérisme, où les détectives privés font jeu égal avec la police. Certains textes se déroulent à la frontière mexicaine, ou dans des fonds de bleds où la loi du Far West existe encore et où le shérif fait ce qu’on lui dit. Il y a des crimes et disparitions chez de riches particuliers, ou des braquages de banque, ou des affaires de petits voyous. C’est très varié.

Pour le Vieux, aujourd’hui n’est jamais mardi. Aujourd’hui semble être mardi.

Le ton est sobre, sans marque affective et psychologique, avec un peu de cynisme, apte à tous les retournements de situation, parce que c’est un monde où il faut se méfier des apparences. Dans certains romans, notamment La Clé de verre,  ce retournement constant des positions et l’impossibilité de connaître la pensée du détective étaient quelquefois un peu lassant, mais dans le cadre de courts récits, c’est une réussite.
Je me suis régalée.
  
Quant à moi, je comptais bien m’en tirer d’un seul morceau. Peu d’hommes sont tués. La plupart de ceux qui finissent de mort violente se font tuer. J’ai vingt ans d’expérience, passés à éviter ça.

Je peux bien vous le dire, j’ai lu tout Dashiell Hammett.

7 commentaires:

  1. Tout Dashiell Hammett ? je suis épatée

    RépondreSupprimer
  2. Un auteur avec lequel j'ai du mal. Je trouve son écriture un peu datée.

    RépondreSupprimer
  3. J'en ai lu beaucoup et ce fut toujours avec un immense plaisir.

    RépondreSupprimer
  4. Merci Dominique !
    Alex : c'est surtout les traductions des années 50 qui ont horriblement vieilli, le texte en lui-même beaucoup moins
    Eeguab : je me doutais un peu que tu aimais !

    RépondreSupprimer
  5. Ah Nathalie, ta chute , géniale. J'ai lu il y a longtemps et rien que son nom vous embarque déjà.

    RépondreSupprimer
  6. C'est vrai que son nom a des sonorités étranges pour nous.

    RépondreSupprimer
  7. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

    RépondreSupprimer

Les commentaires sont libres mais ça empêche pas chacun d'être responsable de ce qu'il/elle écrit (ou, comme le dit une amie, "Ce n'est pas une raison pour faire les cons").