Le vent se lève ! . . . il faut tenter de vivre !
L'air immense ouvre et referme mon livre,
La vague en poudre ose jaillir des rocs !
Envolez-vous, pages tout éblouies !

Paul Valéry

mardi 22 mars 2016

Rien ne peut nous atteindre, car tout temps est sécable à l'infini.

Mika Biermann, Booming, un auteur allemand de langue française et un roman paru en 2015 aux éditions Anacharsis.

Un western quantique.

Lee Lightouch et Pato Conchi cheminent vers Booming, un endroit où il est déconseillé de se rendre, mais Pato a entendu dire que sa femme s'y trouvait en compagnie d'un certain Kid Padoon. Ce ne sont pas des cow-boys : leur seule arme est une machette et Lee est artiste peintre.

À Booming, tout est figé et a la dureté du silex : les gens, la nourriture, les mouches arrêtées au-dessus d'un cadavre de cheval et une balle de révolver filant vers un adolescent. Changés en pierre ? Pas vraiment... Les deux amis se séparent et c'est alors que... À Booming, le temps ne passe pas à la même vitesse pour tout le monde, une même personne peut se trouver dans deux instants différents du temps et les morts ne le restent pas toujours. Les règlements de compte risquent d'être un peu compliqués.

Il finit son whisky, bien mauvais d'ailleurs. Il avait bu pire, mais pas souvent. Ce qu'il aimait, c'était, c'était du champagne avec une goutte de sirop de figue. Il adorait le vin noir de Smyrne. Il ne crachait pas sur un verre de raki turc. Dans cette contrée, on avalait partout du whisky fait à base d'épluchures de patates et de la bière faite à base d'épluchures de patates. Il avait vu des durs à cuire vomir leurs tripes. Il n'aimait pas les cow-boys. Ils n'avaient jamais vu Rome.

L. Grasso, Studies into the past, collection privée, M&M.
J'ai dévoré ce livre. Les rebondissements sont sans fin alors que le nombre de personnages est réduit. On s'attache à Lee et Pato en se demandant s'ils vont réussir à se retrouver. L'écriture, au présent, est très sèche et s'attache surtout à décrire les actions (apparemment) successives avec une apparente objectivité. Le lecteur se demande sans cesse si le cours du temps peut être stoppé ou inversé par les héros. Les actions sont décrites de l'extérieur, avec peu de liens logiques ou de causalité – ne sont-elles pas susceptibles de bifurquer à chaque instant ? Certains événements qui font habituellement l'objet d'une seule phrase ou de quelques mots (un homme abattu d'une balle dans la tête par exemple) peuvent donner lieu ici à une longue description. C’est une certaine prouesse.
Un plaisir de lecture.

Ce roman contient bien sûr de nombreux clins d'œil au cinéma, ce qui a pu me rappeler le ton d'Avaler du sable.

Son corps est mu d'étranges soubresauts. Pas un son ne sort de sa bouche. La corde grince. Une veine sur la tempe enfle. Routine folle de la mort.
Les trois canailles observent, têtes penchées sur l'épaule. Ils font penser à trois visiteurs de musée en train de contempler un chef-d'oeuvre assurément baroque.




L’avis de Mes imaginaires et l’avis plus documenté de Charybde.

5 commentaires:

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