La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



vendredi 29 juillet 2016

J’utilise de la toile de sac pour le foin, du papier pour les charrettes.

Kristín Marja Baldursdóttir, Karitas, tome 1 : L’Esquisse d’un rêve, traduit de l’islandais par Henrý Kiljan Albansson, parution originale en 2004.

Un bon gros roman avec une héroïne !

Le livre commence en 1915, dans un petit port d’Islande. Une veuve, mère de six enfants, décide de quitter la maison familiale pour rejoindre la ville du nord, Akureyri, afin de gagner de l’argent pour payer des études à ses fils et à ses filles. Voici une mère déterminée, fière du droit de vote des femmes (depuis 1915 en Islande – oui) et bien décidée à ce que tout le monde réussisse. Karitas, l’héroïne, aime peindre et dessiner. D’ailleurs chaque chapitre du roman commence par la description d’une de ses œuvres, évoquant un moment de son existence. Elle part étudier à l’Académie des beaux-arts de Copenhague, mais quand elle revient… Comment donc être une artiste si l’on tombe amoureuse d’un marin pêcheur qui vous fait des enfants ?

C’est parce que tu recherches le chaos. Si tu peignais les montagnes et les visages rien ni personne ne te quitterait.

Le charme premier de ce roman vient de son évocation réussie de la vie en Islande dans la première moitié du XXe siècle. Travail du hareng, rythme des saisons, nécessité de faire des réserves de nourritures en prévision de l’hiver avec l’alternance de viande séchée et de viande fraîche, vie des femmes de pêcheurs, fermes construites en tourbe, distance entre les sexes… mais aussi l’incroyable dynamisme des hommes et des femmes de ce petit pays bien déterminé à lutter dans la course pour la modernité (qui ne sera indépendant du Danemark qu’en 1944).
S. Gudmundsson, Bow, 1976, Centre Pompidou, RMN.
Est-ce que cela pourrait avoir été une artiste peintre ?
Les autres secouèrent la tête lentement et même Halldóra regarda en l’air avec une expression fatiguée. Non, elles n’avaient jamais parler de telles femmes, par contre des histoires d’hommes qui peignaient ainsi des tableaux étaient venues un jour à leurs oreilles mais pour la plupart ceux-ci vivaient à l’étranger.

Karitas est une jeune femme qui a reçu une éducation à la fois moderne et traditionnelle, amoureuse de son beau marin, qui aime ses enfants, alors que ceux-ci constituent un poids et un frein à sa carrière d’artiste. Difficile de concilier le manque de lumière en hiver, les réticences des habitants devant l’art, la nécessité des travaux des champs avec la peinture. C’est une artiste moderne, qui se lance bientôt dans le collage à partir des éléments du quotidien, refusant de peindre de jolis portraits ou de beaux paysages – alors que tout le monde lui chante le charme des montagnes islandaises. Sa détresse et son incapacité à vivre la vie ordinaire des autres femmes sont bien rendues, ainsi que la solidarité silencieuse qui existe entre ces femmes pour permettre aux plus faibles d’entre elles de manger et de survivre à l’hiver.
J’ai été frappée par l’importance des sagas lues le soir en famille et par l’approvisionnement par bateau, sauf quand il y a la banquise, qui amène une tablette de chocolat qui doit durer un an. 

Les jupes noires du dimanche caressent les congères.
Nous en soulevons le bas en essayant de marcher dans d’anciennes traces de pas jusqu’à ce que nous arrivions dans la rue où la neige a déjà été piétinée. Nous laissons alors retomber les lourds ourlets, pressons le pas, marchons côte à côte. Les jupes se soulèvent légèrement de droite à gauche avec un rythme souple et régulier.
  
Des femmes écrivains. Lire le monde pour l’Islande. Destination PAL – la liste de lecture.

Je lirais bien la suite !

L’avis de Kathe et  de Maeve


4 commentaires:

  1. J'ai adoré ! J'ai la suite dans ma pal, si tu veux qu'on se fasse une lecture commune, envoie moi un message !

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  2. Je voudrais bien mais il faut que j'achète le second volume car je ne l'ai pas.

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  3. c'est trés bien. c'est vrai l'énergie, le courage et l'intelligence. j'ai le deuxième, emprunté à la bib. si tu le veux qd je reviens, je l'emporte avec moi.

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    1. Je l'ai trouvé à la librairie du musée du Havre ! Mais il paraît qu'il y a trois volumes en tout... ce sera un long voyage.

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