La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



mardi 24 septembre 2019

Je pousse la porte comme on s’appuie à rien, animé par la seule somnolence.

Claro, Substance, 2019, édité chez Actes Sud.

Un pas dans l’étrange.
Le narrateur est un jeune garçon, un adolescent, Benoit, qui vit chez la Tante. Il ne sait pas d’où il vient, même s’il a des souvenirs d’un dortoir cauchemardesque. Il est obsédé par la mort et communique avec les défunts. Là-dessus se greffent pas mal de choses.
D’emblée nous sommes plongés dans une atmosphère étrange. On ne sait rien de la Tante, sinon qu’elle est qualifiée diversement, qu’elle cuisine des plats impossibles et qu’elle ferme sa chambre à clé. Benoit est obsédé par la mort, mais aussi un peu par le sexe, le sperme et les ectoplasmes étant autant de sécrétions corporelles intéressantes. L’existence semble ronronner, mais pas tant que cela.

Au fond de l’évier, s’ennuyant dans une passoire grise qui pourrait fort bien être un antique casque teuton perforé, gît ce qui doit être de l’épinard, pas tout à fait encore affranchi de son suc verdâtre. Sur le plan de travail, des tomates éventrées et des aulx pelés n’en mènent pas large. Un demi-radis noir achève son deuil. Incongrue, mais cuite, une orange se demande ce qu’elle macère là, si loin de Malte. On est en juin, et dehors, là où elle ne craint rien, la lune persiste à rissoler entre les cimes des pins, comme apprêtée pour une description facile.

J’ai un avis mitigé sur ce roman. Je l’ai lu en entier et j’ai alterné entre plaisir et agacement. Deux choses me déplaisent. Tout d’abord, j’ai l’impression que plusieurs pistes narratives sont ouvertes sans être explorées pleinement et sont abandonnées au profit d’autres, tout aussi intéressantes. Le but est de nous perdre ou de perdre Benoit, d’accord, mais du coup, à mon sens, le romanesque en pâtit. On nous balade. De plus, je trouve que l’auteur s’écoute beaucoup trop écrire. J’avoue, je suis allergique à ce genre de chose. Sur ce plan, c’est un goût personnel, qui ne m’empêche pas d’être ravie par les multiples inventions langagières et les trouvailles verbales. J’apprécie notamment tout ce qui tourne autour du personnage de la Tante et de ses amies. Je crois qu’elles m’intéressent plus que le héros, qui n'est qu'un blanc-bec.
J’ai aussi beaucoup aimé tout ce qui tourne autour de la cuisine, il y a de l’invention, même si tout n’est pas vraiment ragoûtant. Et pas mal de chose autour de la mort. Et cette idée réussie : le garçon se voit comme un légume racine. Et ça, ça marche très bien.

Quelques façons de qualifier la Tante : La Tante aux Émulsions Fantoches. La Tante au Brushing Parfois Étrusque. La Tante au Menton Tremblant. La Tante à la Sagesse Tempérée.

La simplicité du flan, je peux dire que je ne l’ai pas connue. Avec la Tante aux Sermons Indigestes, je n’étais pas tous les jours à la fête, même si je ne manquais de rien. Et revoilà la fameuse boulette de gruau à jamais noyée dans sa bisque d’écrevisse ! Et encore un tour de friand aux choux de Bruxelles ! Dans la crêpe au froment, des escargots à la sauce aigre-douce. Un éclair à l’avocat, un ! 

Bon voilà, je suis sceptique et partagée.
Il y a aussi le mystère de la ficelle à gigot.
Un cimetière de Caen.

6 commentaires:

  1. j'avais fait une tentative avec cet auteur mais ça n'avait pas fonctionné hélas

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    1. Ça ne m'étonne pas, pas trop ton style en effet. Moi-même je suis loin d'être convaincue.

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  2. Un roman feuilleté à la bibli, sans trop d'envie en fait

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    1. J'étais curieuse de voir ce qu'il faisait, mais je vais en rester au traducteur. Il s'écoute beaucoup trop.

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  3. Son livre sur la traduction m'avait déçu.

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