La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



jeudi 5 février 2026

Il rencontra Mésange, un combattant qui arborait avec fierté une coiffe de guerre faite de perles multicolores.

 

Nausica Zaballos, Histoires amérindiennes de rivières, de lacs et de mers, éditions Goater, 2025.


Il s'agit d'abord d'un recueil de contes autochtones d'Amérique du Nord, issus de diverses nations, où l'eau joue un rôle important. Un coyote devient le chef des saumons. Un monstre s'accapare l'eau grâce à un énorme barrage. L'apparition des bisons. L'histoire de Sedna. L'exploration de l'estomac d'un ogre. La création de tous les animaux marins.
Ces récits sont courts et finalement assez différents. Ils racontent tous la relation des hommes à leur environnement, mais dans des univers distincts – c'est très riche.

Glooskap mesurait près de trois mètres, une centaine de plumes rouges et noires ornaient son crâne. Il avait peint son visage de sang et cerclé ses yeux de vert. De chaque oreille pendait une lourde coquille de palourde et derrière sa tête, des ailes d'aigle étaient déployées.

Mais il ne s'agit pas seulement d'un recueil de contes. D'abord les récits sont enchâssés dans un récit principal, un dialogue entre une femme (qui pourrait être l'autrice) et son petit garçon sur le rapport à l'eau et la nature, un contexte très contemporain. De plus, les contes sont accompagnés d'encarts explicatifs sur tel ou tel fleuve d'Amérique, l'usage du tabac, la broderie de piquants de porc-épic (car un récit fait intervenir une brodeuse à deux visages), l'oppression dont ces peuples ont été victimes, etc.

Ce que j'apprécie particulièrement, c'est que les contes ne sont pas livrés coupés de leur contexte, sans racine et sans avenir. Ils sont insérés dans leur monde : on a la mention de l'existence de différentes versions entre lesquelles Zaballos a fait son choix. On a le portrait et la vie de ceux et surtout de celles qui ont transmis ces contes, car ils ne tombent pas de nulle part. De même, toutes ces histoires racontent aussi la vie des différents peuples : la chasse pour manger, la récolte des baies, la pression sociale sur le mariage des filles, la présence de captifs au sein des villages... mais aussi l'humour et les disputes !

Susan Point, Peuple du Saumon culture Salish, 1981, sérigraphie, Musée américain Bath

L'un des récits raconte comment le paysage d'aujourd'hui a été modelé : une histoire de castors géants, qui ont été rétrécis (en leur tapotant sur le crâne) pour qu'ils prennent part à la vie commune de la rivière au lieu de la monopoliser – certains passages ressemblent autant à des farces qu'à des contes.

Lorsque Sedna était en colère, sa voix portait à des dizaines de kilomètres et son altercation avec le fils du chef fut connue de tous. Ses paroles acquièrent donc pouvoir de prophétie. D'elle on ne cessait de médire. Les vieilles femmes l'avaient surnommée « Celle qui est partie avec un chien » et les enfants riaient sur son passage. Son père avait perdu ses dernières forces, il était si honteux qu'il passait son temps à dormir et ne sortait plus de l'igloo.

Il me semble que si ce livre convient particulièrement bien à la jeunesse, au sens large du terme, mais au vu de sa vocation pédagogique les adultes qui s'intéressent aux autochtones et/ou aux diverses relations que l'être humain est capable de tisser avec l'eau et avec la nature, y trouveront également leur compte. Pour ma part, je l'ai lu avec grand plaisir (je vous conseille de le lire dans le métro, cela vous aérera l'esprit).

Le livre m'a été envoyé par Nausica Zaballos et par l'édieur Goater, que je remercie tous deux vivement. De Zaballos, j'ai également lu Mythes et gastronomie de l'Ouest américain.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

N’hésitez pas à me raconter vos galères de commentaire (enfin, si vous réussissez à les poster !).