La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



mardi 3 mars 2026

Un chant fabuleux emplit soudain l'océan ; il contenait l'éternité et s'adressait à la terre.

 

Witi Ihimaera, La Baleine tatouée, parution originale 1987, traduit de l'anglais par Mireille Vignol, édité en France par Au vent des îles.

À mon tour de plonger dans ce roman.

On est dans une petite ville de Nouvelle-Zélande. Deux fils narratifs donnent une vision large – l'un est un mythe des origines et l'autre est la vie dans un groupe de baleines – et un fil principal raconte la vie de la petite Kahu. Elle naît dans une famille maori où l'arrière-grand-père cherche un héritier – un garçon – à qui transmettre le rôle de leader de la communauté et la charge de réactiver les mythes fondateurs. Mais Kahu a décidé que ce serait elle qui réactiverait l'alliance immémoriale entre les humains et les baleines.

C'est un petit roman bien agréable à lire.

Koro Apirana poussa un cri tragique, car ce n'était pas une bête ordinaire, pas une baleine ordinaire. Elle venait du passé et son chant satura l'atmosphère.
Karanga mai, karangai mai,
karanga mai. Appelez-moi.
Ses compagnons brisèrent à leur tour la surface de l'eau, orchestrant le refrain d'une musique surnaturelle.

Une fois surmontée la petite difficulté liée à la présence de tous ces noms propres maoris, le lecteur peut se laisser porter par les évocations de l'océan ancien. Certes, c'est écrit dans une langue simple, mais elle suffit à nous baigner. En parallèle, la vie sur terre s'inscrit dans le contemporain, motos et téléphones portables. La narration est portée par l'oncle de Kahu, un jeune homme et à travers son regard, nous sommes en plein dans une société animée par diverses tensions : sexisme puissant, honte de l'homosexualité, relation ambiguë aux grandes villes australiennes et aux tribus de Papouasie, etc. Tout cela ne constitue pas des sujets, mais font partie de la réalité compliquée et quotidienne des personnages.

J'avoue m'être interrogée sur la famille qui nous est présentée, dans la mesure où il manque une génération, dont rien ne nous est dit.

Reid, Trois baleines, pierre lithographique, 1985, Gallery Bill Reid à Vancouver

En parallèle, on rêve bien sûr à une possible et paisible cohabitation avec les baleines, dans un vaste océan. C’est un conte où un petit individu – une petite fille – parvient à porter l'histoire de tout un peuple, un peuple constitué de différentes espèces, simplement en croyant au pouvoir des mots sacrés.

Dans les temps anciens, dans les années qui nous ont précédés, la terre et la mer éprouvèrent un sentiment de grand vide et d'ardent désir. Les montagnes semblaient mener droit au paradis, et la forêt humide, verte et luxuriante ondoyait comme une cape multicolore.

C'est le début.





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