Le blog est à Ravenne et pendant ce temps Justinien est empereur à Constantinople.
Justinien fut empereur romain d’Orient de 527 à 565. Tentative de restaurer l’empire romain dans son intégralité ? Chance d’avoir de bons généraux et des ennemis divisés ? Il mène des guerres de conquête contre les Slaves et les Perses, en Italie et en Afrique, mais entreprend aussi une action législative d’envergure. On lui doit la fameuse église Sainte-Sophie à Constantinople – l’architecture romaine tardive se portait bien. Bref, l’empereur romain, c’est lui.
En mai 540, ses armées menées par Bélisaire (celui peint par David) s’emparent de Ravenne, où est mis en place ce que l’on appelle l’exarchat de Ravenne, c’est-à-dire une circonscription administrative de l’empire byzantin en Italie, qui se maintient jusque vers 750, quand la ville est alors conquise par les Lombards, puis reprise par les Francs et offerte par Charlemagne au pape. En 540 commencent donc 200 ans d’histoire grecque !
À partir de la prise de la ville par les romains de Constantinople, le culte arien disparaît peu à peu alors même que la communauté que l’on dira catholique bénéficie de moyens financiers beaucoup plus importants.
Justement, le chantier de l’église Saint-Vital a débuté en 526 (sous l’évêché d’Ecclésius) et il se termine en 547 (sous l’évêché de Maximien).
La construction est financée par Julianus, un banquier grec dont nous reparlerons la semaine prochaine, mais a peut-être aussi bénéficié de l’attention de Justinien au vu de la splendeur de l'endroit.
Le plan est celui d’une église octogonale, très éloigné de celui des basiliques romaines habituelles, mais qui s’inspire de celui de l’église Saints-Serge-et-Bacchus de Constantinople. À son tour, le plan de San-Vital ne sera pas totalement étranger à celui de la chapelle palatine d’Aix-la-Chapelle. Le dôme s’élève à 30 mètres de haut, c’est un bel édifice.
Seule la chapelle principale, celle du choeur, a conservé son décor d’origine.
La vue se découvre progressivement à l'attention de la visiteuse de 2026. C'est haut, c'est beau et enfin se dévoilent les mosaïques du choeur. L'abside principale s'ouvre sur la nef par un arc triomphal, et on en prend plein les yeux.
(Rappel que si vous cliquez sur les photos, vous les verrez en grand.)
Des deux côtés, la partie antérieure de la chapelle est ornée de scènes de l’Ancien testament à la fraîcheur étonnante (ce vert moelleux, là !).
Approchons des mosaïques de l'abside. Les panneaux latéraux représente le couple impérial.
Nous voyons donc au plus près du choeur et du sacré l’empereur Justinien, portant tous les attributs impériaux, accompagné de gardes, de fonctionnaires imberbes (peut-être des eunuques) et de membres du clergé, dont l’archevêque Maximien. En face de lui, l'impératrice Theodora, portant la couronne et la pourpre impériale, avec des dames d’honneurs et deux prêtres. Tous deux mènent une procession tout à la fois liturgique et impériale.
La présence de figures laïques (dont des soldats) est inhabituelle à cet endroit d'une église, d’autant que le périmètre de l’autel est interdit aux femmes. Les vêtements sont somptueux : habits de cour en soie colorée, brodequins rouges, bijoux. Justinien porte le costume impérial officiel (certains insignes remontent à Dioclétien).
Au centre de l'abside, sur un fond d'or siège le Christ en gloire, tout à fait juvénile (ce qui prouve bien que le modèle iconographique du Jésus barbu n'était pas encore au point), vêtu de pourpre. Il est encadré par deux anges, par saint Vital et par l’évêque Ecclésius qui lui offre la basilique. Sous ses pieds coulent des fleuves célestes et s'étend une campagne bucolique.
Au-dessus de tout cela l'incroyable mosaïque de la voûte. Elle se divise en quatre secteurs, séparés par des guirlandes de feuillage. Deux sur fond d'or, deux sur fond vert. Des rinceaux infinis et pourtant soigneusement rangés. Une certaine image du paradis ? Dans le médaillon central, soutenu par des anges : l’Agneau mystique.
Autour de ces grandes scènes, les artisans créent des bandes à motif animal, floral, géométrique, des rubans colorés et chatoyants, qui me fascinent autant que les figures. L'ensemble est rayonnant et lumineux.
Le reste de l'édifice est à la hauteur. Les piliers du déambulatoire sont couronnés de chapiteaux qui auraient été sculptés à Constantinople. Le pavement du sol est fabuleux. Et aujourd'hui ce sont des fresques du 17e siècle qui décorent les murs.
Justinien et Théodora ne sont jamais venus à Ravenne. Ce sont les portraits de leur fonction. Cette commande de l'évêque vise sans doute à célébrer le retour de l’administration impériale, le départ des souverains Goths (en 540) et à concurrencer les autres représentations en mosaïque des précédents souverains.
C’est le moment de se rappeler de l’église Saint-Jean-l’Évangéliste, où se trouvaient les portraits des ancêtres et de la famille de Galla Placidia sur l’arc triomphal. Théodoric s’était également fait représenter à Saint-Apollinaire et dans une grande statue équestre. Le projet de San Vitale s'inscrit dans la suite de l’église palatine de Théodoric, tout en la concurrençant et en la remplaçant.
Ici, on représente le nouveau pouvoir, alors que Ravenne commence une ère nouvelle sous l’autorité directe de Constantinople.
Les semaines précédentes : Galla Placidia et le mausolée ; Theodoric et la basilique Sant'Apollinare-nuovo ; les baptistères, les chrétiens et les ariens
La semaine prochaine on va à Classe.
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