Giuseppe Tomasi di Lampedusa, Le Guépard, publication originale posthume 1958, traduit de l’italien par Jean-Paul Manganaro, édité en France au Seuil.
En 1860, alors que le Risorgimento bat son plein, l’aristocratique famille Salina s’interroge sur son avenir dans la nouvelle Sicile au sein de cette nouvelle Italie. Le prince, désenchanté, un peu paternaliste, un peu tyrannique, comprend qu’il est dépassé et qu’il est temps de faire la place à des familles dites arrivistes, des gens qui ne cachent pas la poursuite de leur intérêt derrière les bonnes manières. Son neveu Tancredi est ambitieux et il tient à conserver ses privilèges. Le nouveau régime et un mariage bien choisi le lui permettront.
« Si nous voulons que tout reste tel que c’est, il faut que tout change. », vous vous souvenez ? C’est là-dedans. Cette profonde pensée politique, qui ressort chez les éditorialistes à chaque changement de régime, pourrait être la devise du brillant Tancredi, si insouciant en apparence, si habile dans tout ce qu’il entreprend.
Comme c’est, au fond : rien qu’une lente substitution de classes. Mes clés dorées de gentilhomme de chambre, le cordon cerise de l’Ordre de Saint-Janvier devront rester dans le tiroir, puis ils finiront dans une vitrine du fils de Paolo, mais les Salina resteront les Salina ; et ils auront même quelques compensations : le Sénat de Sardaigne, le ruban pistache de l’Ordre de Saint-Maurice. Breloques les unes, breloques les autres. »
| G. Gardet, Chien danois, 1898, marbre Lyon BA Parce que le chien danois Bendicò joue un rôle important dans le roman. |
Et pourtant, le roman s’inscrit explicitement dans le moment de son écriture. Le « nous » qui raconte fait allusion aux films d’Eisenstein et à la Seconde guerre mondiale. Tout ce beau monde est bien mort depuis longtemps, mais la Sicile semble quand même éternelle. Et le point de vue exprimé est nettement celui d’une raillerie du Risorgimento.
J’ai vu le film il y a plusieurs années. Il me semble très fidèle au livre, même s’il l’a un peu phagocyté. Difficile désormais de ne pas voir Tancredi avec le regard bleu de Delon.
Et ce guépard ? Un fauve exotique et mystérieux, bien fait pour donner une once d’étrangeté à ces aristocrates. Dans le roman, le blason de la famille Salina représente l’animal dansant, comme une silhouette élégante et inatteignable. Dans la vraie vie, l’ancêtre de l’auteur avait dans son blason un léopard rampant, c’est-à-dire, en héraldique, un lion à la tête de face et le corps vertical (appelé aussi lion léopardé) – sans doute une affectation « à la normande » dans le choix de ces armes, tout comme ce prénom de Tancredi. Voilà sans doute ce qui explique que Il Gattopardo soit traduit The Leopard en anglais.
Pour cette première escapade européenne, Cléanthe nous propose de faire escale dans les îles. Devant l’abondance archipélagique de ma bibliothèque, j’ai retenu deux lectures. La première se situe donc en Sicile, mais notez que vous pourriez aussi lire ce roman pour la thématique des révolutions et des soulèvements. La seconde… dans deux jours.
J'ai bien évidemment lu ce Guépard, au siècle dernier... Tu l'as fait exprès de citer ce royaume des deux Siciles au tout début du billet? ^_^ J'ai du aussi chercher archipélagique, pfff.
RépondreSupprimerJ'ai pris cette citation sans considération pour l'actualité fascisto-sexuelle, si c'est ça la question.
SupprimerTrès bien ce petit sport cérébral dès bon matin pour tes neurones.
C'est vrai que certains acteurs incarnant tellement bien leurs personnages que c'est parfois difficile de faire abstraction.
RépondreSupprimerLà franchement, c'est terrible.
SupprimerUn roman magnifique, un film qui ne l'est pas moins. La citation que tu as choisie montre bien à quel point l'écriture est ciselée entre ironie et mélancolie.
RépondreSupprimerOui, c'est remarquablement écrit. En fait l'écriture est très contemporaine, alors que le récit est ancré dans l'ancien monde.
SupprimerCela fait des années que je me promets de le lire... un rappel bienvenu, donc. Et j'attends la suite avec impatience !
RépondreSupprimerEt bien profite du mois où il y aura un thème sur les soulèvements politiques pour le glisser ! C'est vraiment un grand livre.
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