La semaine dernière, nous étions au Circus Maximus pour des courses de chars. Sensations fortes garanties ! Aujourd’hui, rendez-vous au Colisée pour un bon spectacle de gladiateurs. Spectacle, sport ou combat ? C’est bien un sport spectacle où les blessures et la mort sont au rendez-vous (mais pas systématiquement).
Les gladiateurs sont des combattants professionnels, qui se battent avec des armes bien codifiées. Ce sont aussi des stars et l’iconographie est abondante à leur sujet. Je vous recommande la page Wikipedia qui est très complète.
À côté des mosaïques avec des courses de char que je vous montrais la semaine dernière, le Musée archéologique de Madrid conserve également des mosaïques avec des gladiateurs.
Sur celle-ci, on commence par le registre inférieur. Deux gladiateurs de la catégorie des equites sont en train de se combattre, avec leur petit bouclier rond, leur épée courte, leur casque (avec des ailes ? Pour faire exotique ?) et les jambières de protection. Notez qu'ils sont identifiés par des inscriptions et encadrés par deux arbitres - celui de droite tient un petit bâton dont on devine qu'il peut permettre d'arrêter le combat ou de séparer les adversaires.
Il s'agit d'un affrontement régulé, ce qui n'empêche pas sa cruauté. La présence des arbitres indique bien qu'il existe des règles et une manière de se battre. Personne ne paierait sa place si le combat durait 5 minutes et ne montrait aucune passe d'arme et personne ne financerait les jeux si la moitié des combattants était mort à la fin. De plus, il y avait de très nombreux paris et ces arbitres pouvaient aussi avoir pour rôle d'encourager ou d'aiguillonner les guerriers un peu trop faiblards.
En effet, au registre supérieur, on voit l'un des deux combattants, Maternus gisant à terre, dans le sang. Il vient d'être tué.
(Rappel : si vous cliquez sur les images, elles seront plus grandes et vous verrez les détails.)
Ici la statuette en bronze d'un secutor (vous reconnaissez le grand bouclier, le casque rond et le glaive). Elle est visible au musée de l'Arles antique. Et elle est d'un très grand réalisme.
Vitrine d'à côté (toujours à Arles), des lampes illustrent le goût que les Romains avaient pour ces jeux. Sur la lampe de devant, le combattant de gauche est un thrace, c'est-à-dire qu'il se bat avec un petit bouclier, un casque à large bord et une épée recourbée. Toute cette collection de lampe est d'une grande qualité : on distingue très bien les différentes armes et les casques et les silhouettes sont en pleine action.
Pollice verso ou Pouce vers le bas (1872, musée de Phoenix USA, image Wikipedia) montre un gladiateur puissamment caparaçonné (regardez cette armure du bras, comme les écailles dorées d'un dragon), qui a le pied posé sur le cou d'un collègue et semble consulter la foule. Foule évidemment représentée de la façon la plus sauvage qui soit, demandant massivement la mise à mort. Derrière lui, la tribune de l'empereur offrant ce spectacle sanglant aux Romains.
Tout ceci n'est pas vraiment conforme à la vérité archéologique et historique, mais c'est une sacrée image, avec ce casque aveugle qui fait face à la foule. La lumière et les couleurs sont éclatantes.
Le tableau a eu tellement de succès que Gérôme en a tiré une sculpture en bronze.
Ave Caesar, morituri te salutant (Salut César, ceux qui vont mourir te saluent) (1859, Art Gallery de Yale). Vous croyez connaître la formule... Le soleil tape sur le Colisée, même si un beau vélum (orné de fauves et d'éléphants ?) a été tendu pour protéger la foule. Des combats semblent avoir déjà eu lieu, au vu des corps sur le sol. D'ailleurs à l'arrière plan on évacue les morts. Un groupe de gladiateurs, avec toutes leurs belles armes, vient saluer l'empereur.
En réalité, la fameuse formule est citée uniquement par Suétone et pas du tout à propos de gladiateurs.
Les peintures de Gérôme allient un impressionnant réalisme (les objets, les armes, la reconstitution des lieux, le moindre détail) à une scénographie puissante (cette courbe du Colisée, le contraste entre les différentes figures) et à un sens certain de la couleur (cet emploi si savant du rouge impérial et sanglant) et de la lumière. Mais elles ne sont pas du tout réalistes. Ce sont d'incroyables images créées par un peintre très savant dans son art (et je vous passe les chrétiens dans l'arène avec les lions).
Rien d'étonnant à ce que Henryk Sienkiewicz, l’auteur de Quo Vadis, et surtout Hollywood lui aient tout piqué.
La semaine prochaine... un sport complètement différent !!!

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