Karel Čapek, Voyage vers le Nord, avec les illustrations de l’auteur, parution originale 1936, traduit du tchèque par Benoît Meunier, paru en France aux Éditions du Sonneur.
En 1936 Čapek et son épouse entreprennent un voyage vers le Nord (le vrai Nord), d’abord en train, le Danemark, la Suède, la Norvège avec une longue remontée en bateau jusque tout là-haut et un retour en train à travers la Suède, puis en bateau pour traverser la Baltique. Il raconte un peu, il décrit beaucoup et il dessine énormément.
Nous repartons donc et gare aux glaciers ; il y en avait partout il y a à peine quelques centaines de milliers d’années ; et partout ils ont laissé l’empreinte de leurs doigts puissants.
C’est un livre délicieux. Écrivant à un moment où l’actualité internationale est des plus menaçante et belliqueuse, ce voyage apparaît comme une échappée dans un monde idéal de petites vaches et de grands sapins, de fjords aux couleurs merveilleuses et de lumière trouble et permanente. Hors du temps et hors du monde ; il faut dire qu’à cette époque ces pays sont encore très ruraux ou forestiers et que la nature y a encore toute sa place grandiose.
Le Danemark
C’est un tout petit pays, quoiqu’il compte plus de cinq cents îles ; c’est une petite tranche de pain, mais bien beurrée.
Et puis, bien sûr, il y a beaucoup d’humour. Tendresse, attachement, c’est très affectif et indulgent pour toutes les bizarreries humaines.
Je note la présence de l’explorateur Nansen et celle d’Amundsen, et celle beaucoup plus discrète de Selma Lagerlöf – on devine que l’auteur s’est passionné pour les récits d’exploration.
Et la fascination pour la lumière.
Je sais, ce sont des détails, mais le voyageur cueille une petite fleur au bord de la route et fait de cette vétille un souvenir. Et ce n’est peut-être pas un détail lorsqu’un voyageur se sent en terre étrangère plus humain et plus noble que partout ailleurs dans le monde.
Cela pourrait être une devise pour les billets touristiques.
La Norvège
Par ici, ce lac vert, tout en longueur, qui, déjà, est un fjord marin : entre des falaises à pic, un ruban d’eau lisse et sans fond ; c’est d’une tristesse envoûtante et d’une intimité effrayante, bien qu’au premier coup d’œil, tout cela paraisse tout à fait irréel.
Tu peux scruter les eaux agitées par la quille, elles sont d’un vert vitriol martial, d’un vert malachite, d’un vert iceberg ou quelque chose comme ça ; elles fument d’une blancheur furieuse, elles sont ourlées de mousse ; regarde cette route tracée derrière nous par l’écume jusqu’à l’horizon ; regarde comme elle fait tanguer cette barque de pêche sur laquelle un homme se tient debout et nous fait signe de ses grosses pattes d’ours polaire !


On a le sentiment que l’Europe finit brutalement, comme taillée dans le vif, et un peu tristement. Ma foi, on dirait la tranche, noire, d’un livre. Venant du nord, on se dirait sans doute : mon Dieu, mais quelle est cette grande île triste ? Eh bien, c’est un pays assez étrange, un pays soucieux qu’on appelle l’Europe.
Le cap Nord.
La Suède
Et on croise de ces arbres ! (…) Un petit sapin trapu, un olibrius en zigzag, des bleus ébouriffés au front fendu par la foudre, un grand dadais morveux, déjà féroce, renfrogné sous sa tignasse et qui se prend pour un homme ; je vous le dis, on ne se lasse pas de cette végétation nordique sauvage.
(...)
Oui, j’ai gardé les vieux arbres et les prés, les forêts, le granit et les lacs pour le moment où je devrais prendre congé des pays du Nord ; car le plus beau, là-bas, c’est avant tout le Nord lui-même, c’est-à-dire la nature, une nature plus verte que partout ailleurs, une nature riche en eaux, regorgeant de prés et de forêts, étincelante de rosée et de reflets célestes, une nature pastorale et luxuriante, paisible et bénie.
Karel Čapek sur le blog :
À lire par petites touches le soir avant de dormir, pour s’éloigner mentalement de notre propre époque bien menaçante. Bon pour la Rentrée à l’Est de Sacha.
Je ne connaissais pas ce livre de Capek. Il avait un bon coup de crayon ! Merci de nous l'avoir fait découvrir.
RépondreSupprimerTous ses récits de voyage contiennent des dessins de ce type, c'est vraiment un plaisir.
SupprimerExcellent souvenir, je m'en était déjà délectée...
RépondreSupprimerIl me reste le voyage en Espagne à lire !
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