La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



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samedi 20 juin 2026

À Parme avec le Corrège

 
Le blog est à Parme...
Aujourd’hui je souhaite vous parler d’un peintre, que l’on a en général un peu de mal à individualiser ou à caractériser. Pour ma part, je ne le situais pas correctement dans la file des siècles. Mais il s’agit bien d’un immense peintre de la Renaissance, j’ai nommé Corrège.
Comme son nom l’indique, Antonio Allegri dit le Corrège (1489-1534) est né à Correggio en Émilie-Romagne. Même si on lui connaît un séjour à Rome, c’est avant tout un représentant majeur de l’école de peinture de Parme.
Ses œuvres sont réparties dans les musées partout dans le monde, mais on connaît particulièrement sa représentation de Io et Jupiter, sensuelle et saisissante, mystérieuse, vaguement inquiétante, mais une création virtuose (allez, cliquez sur le lien !).

Que peut-on voir à Parme ?
Une fois que vous êtes sorti du baptistère, vous vous dirigez vers la cathédrale et sa grande façade lombarde.

Ce n'est pas du marbre, mais notez comme la pierre locale prend des couleurs rosées ou ocres jaunes selon la lumière.
En 1522, le Corrège signe le contrat pour la décoration du chœur et de la coupole de la cathédrale qu'il commence à peindre vers 1524. La coupole du dôme au-dessus du chœur s’orne d’une peinture spectaculaire : L’Assomption de la Vierge. Elle s’élève à plusieurs mètres au-dessus de nos têtes mais pourtant le spectateur n’éprouve pas de difficulté à lire la composition. Regardez ce vortex ! Est-ce que vous ne sentez pas vos jambes quitter le sol simplement en le fixant ?

Au bord, très visibles, de grandes figures gesticulent, colosses dont les vêtements sont pris dans un vent furieux. Un tourbillon emporte les différents personnages vers le haut dans une irrésistible spirale ascendante. 

On distingue les bras élevés de la Vierge. Une autre figure s’enfuit dans le lointain. C’est virtuose.



À quelques mètres s’élève l’Abbaye Saint-Jean-l’Évangéliste. Corrège y a réalisé les fresques de l'abside du choeur et de la coupole à la croisée des transepts (1520-24).




(Mettez un euro dans le minuteur électrique pour voir quelque chose.) 
La coupole de la croisée du transept s’orne d’un homme sautant dans l’or et la lumière. Il s’agit de la vision de saint Jean. Le ciel est ouvert avec les figures monumentales des apôtres qui servent de de courronne au Christ suspendu dans les airs. Tous les éléments architecturaux ont été éliminés. La forte tonalité chromatique augmente la puissance de la scène.



Le décor est organisé pour être regardé de deux points de vue distincts : celui des moines bénédictins, réunis dans le chœur (qui peuvent eux-seuls voir la figure de saint Jean), et celui des fidèles de la nef. La capacité à camper des figures en raccourci est alors considérée comme l'une des difficultés les plus audacieuses de l'art pictural. Manifestement Corrège y excelle.


Troisième édifice le monastère San Paolo au splendide décor Renaissance.
Il y a d’abord une pièce dont le plafond spectaculaire est peint par Alessandro Araldi. Si le discours dominant vise souvent à faire de l’art de la Renaissance italienne une représentation raisonnée du monde (perspective linéaire, camera oscura, homme figure de toute chose, etc.) et donc de l’Occident, on a tendance à oublier le goût pour la fantaisie, les aspects sombres de l’imaginaire et les grottesques.
Impressionnant...

Le décor de la chambre suivante a été commandé par l'abbesse Giovanna Piacenza et Corrège l’a exécuté vers 1519.
La base de la pièce est presque carrée. Le plafond est divisé en seize compartiments par des arcs qui sont autant de nervures. La voûte veut imiter une pergola à ciel ouvert, transformant ainsi l'environnement intérieur en une sorte de jardin. 

Au centre de la voûte se trouvent les armoiries de l'abbesse.
Le fond vert, avec des rubans et des noeuds.
Chaque segment se termine par une ouverture ovale où apparaissent en trompe l'oeil, comme si on les voyait à travers le feuillage, des groupes de putti sur fond de ciel clair. Ils sont tous différents.
Plus bas, nouveau trompe-l'oeil, imitant des niches architecturales et des statues. Le jeu avec l'éclairage de la fenêtre est virtuose. 

C'est tout à fait exquis, élégant et raffiné. Réalisé par Corrège alors qu'il a seulement 30 ans. C'est son premier chef d'oeuvre à la fresque, antérieur au chantier de la cathédrale.



C'est incroyable, non ? Quelle merveille !

C'est la fin du voyage. La semaine prochaine, quelque chose de complètement différent.


samedi 13 juin 2026

Le baptistère de Parme

 
Le blog est à Parme. Première visite pour un glacier pour le baptistère, car cetédifice de la fin du Moyen Âge est remarquable.
La cathédrale et le baptistère

Ce bâtiment est l’oeuvre de Benedetto Antelami. Les travaux ont duré de 1196 à 1270 (mais on a commencé à y baptiser dès 1216).
Le plan au sol est octogonal. Si le matériau local est majoritairement la brique, les murs extérieurs sont plaqués de marbre rose de Vérone, dans lequel des loggias placent leur ombre. L’extérieur allie régularité et grandeur aux motifs décoratifs du gothique, avec les pinacles au sommet et une frise de 75 petits bas-reliefs carrés qui fait tout le tour.
Cette couleur claire renvoie la lumière de façon saisissante.
Quelle silhouette inimitable !


Trois portails avec tympan sculpté permettent d’entrer.
À l’intérieur, petit effet wahou avec ce décor qui s’élève du sol au plafond (impossible à photographier à moins de se coucher sur le dos, je suppose).


Les fonds baptismaux en place ne sont pas d'origine.



En haut, des arcs brisés délimitent 16 compartiments, mais en réalité ils ne semblent pas être d’origine et les fresques de la voûte devaient donc apparaître davantage unifiées. Ces arcs se prolongent jusqu'au sol grâce à de minces colonnes, ce qui permet d'avoir autant de chapelles distinctes au niveau du sol.


Au niveau inférieur, des tympans coiffent chaque chapelle mais à l’origine il semble qu'ils n'étaient pas aussi nombreux.


L’ensemble dégage une impression d’unité et de diversité. Unité de l’époque et de la réalisation. Le spectateur est enveloppé entièrement, de haut en bas, dans un univers commun et harmonieux. Il tourne, tourne, la tête en l’air, inlassablement.
Mais variété, car tout n’est pas homogène. Certaines scènes sont mieux conservées que d’autres, ou plus facilement compréhensibles. Les sculptures connaissent des variations. Les siècles ont laissé leur empreinte. Le spectateur reconnaît certaines iconographies, est plus hésitant pour d'autres. Il laisse son regard errer sur les murs jusqu'à en avoir le tournis.


Et là il y a ça, et encore là, et là regarde...

Tout le programme iconographique se trouve sur Wikipedia.
La semaine prochaine, un peintre de Parme.

samedi 6 juin 2026

De Ravenne à Parme

 
Le blog a donc passé quelques billets à Ravenne.
J’y ai passé une journée et demie en avril. J’en rêvais depuis longtemps. Ces mosaïques ont 1500 ans, mais la fraîcheur de leurs couleurs, la netteté de leur dessin, leur éclat leur donnent une présence unique. Elles se tiennent là, devant nous, avec toute leur immédiateté et leur évidence. Le passage des siècles ne se voit pas, sinon dans leur étrangeté. Que nous sommes loin des représentations médiévales ou des peintures issues de la Renaissance, dont nous avons davantage l’habitude. Elles sont étranges et étrangères, venues intactes depuis un autre temps.
La voûte aux canards de la Chapelle Sant'Andrea

Arrivée un mercredi après-midi, je bois un café, accompagné d’un sandwich, et je m’installe. Il convient de caler certaines visites, car quelques sites sont de très petite taille et le nombre de visiteurs y est limité. La dame qui s’en charge parle uniquement italien, mais nous y sommes arrivées à force d’efforts.
Première visite. Petit tour en ville, glace à la noisette, achat de baci et de ravioli. La ville est agréable, bâtie en briques, avec de nombreuses places, assez petite. Il est plaisant de s’y promener. Elle héberge aussi la tombe de Dante et des églises qui ne sont pas classées à l’Unesco, mais qui ne doivent pas être laides.
Ravenne en brique

Le lendemain, journée complète. J’enchaîne les monuments les uns après les autres, tout en essayant de prendre le temps et l’attention nécessaires pour chacun d’eux, en me disant qu’il va falloir se rappeler de tout, de l’ambiance des lieux, de l’effet produit. Je glisse aussi un cappuccino ici, un café là, une glace, une pizza…
J’ai repéré une excellente boulangerie, avec des gâteaux traditionnels. Je craque notamment pour un amor polenta, un gâteau polenta et amande, englouti joyeusement. J'ai noté la recette et j'en ai refait (avec quelques gouttes de liqueur d'amande), c'est un gâteau très réconfortant.
Les portes de Ravenne sur le tracé de l'ancien rempart.

Le lendemain, dans le train, cap sur Parme.
J’y étais déjà passée il y a quelques années, mais dans des conditions moins agréables (moins de temps, pluie…) et j’avais donc très envie de pouvoir y séjourner plus longuement.
Deux jours et demi pour un séjour privilégié après Ravenne qui m’en avait mis plein la vue. Ici, c’était moins inhabituel, on est dans la peinture occidentale et l’Émilie-Romagne. Alors ?
C'est toujours l'Italie du Nord, c'est toujours la brique

Le programme de Parme :
  • Dégustation de glace à la noisette ;
  • Achat de risotto et de polenta rustique, de bresaola et de fromage, de caponata et de conserves – la région s’enorgueillit de son agriculture alimentaire ;
  • Visite du baptistère, de la cathédrale et de quelques églises supplémentaires. Visite de la fondation Stuard (dispensable) et de la Pilotta, immense palais ducal abritant une bibliothèque, un théâtre, plusieurs musées (mais pas de café !) ;
  • Balade dans le parc avec ses étendues d’herbes ouvertes, accessible jusqu’à minuit ;
  • Au bord de la rivière Parma les hérons et les aigrettes pêchent, les corneilles mantelées enquiquinent les canards et les merles furètent avec ardeur.
  • Point de chartreuse ni de violettes ni de jambon.
Il y a un musée Boldoni - oui, comme la police, car monsieur Boldoni avait son atelier à Parme.

Ici j’achète une sbrisolona, un gâteau aux amandes qui s’émiette, mais qui arrivera intact à Marseille.
Je repars le lundi alors que la pluie commence à tomber. C’est parti pour 12 heures de trajet.
Vous avez déjà eu les billets de Ravenne et je vous proposerai deux billets parmesans.




Addendum sans aucun rapport : Avis de lecture commune ! Le 30 juillet, Ingannmic et moi-même vous proposons de lire un titre au choix de William Faulkner. Si vous êtes tenté, mais ne savez pas quoi lire, n'hésitez pas à aller fureter sur la page "Tous les auteurs" à la lettre F.