Rosa Bonheur (1822-1899) est une peintre française remarquable.
Issue d’une famille d’artistes (le père est peintre et fut ami de Goya et les frères et sœurs sont peintres ou sculpteurs), elle commence à exposer en 1841 et rencontre rapidement le succès avec des tableaux d’animaux, sa grande spécialité.
Copie plus petite du Marché aux chevaux réalisée par Bonheur avec Nathalie Micas (1855 Londres NG).
L’immense tableau Le Marché aux chevaux (2,44 sur 5 mètres) date de 1853 et la rend célèbre. Son agent achète le tableau et l’expose dans plusieurs pays. La peinture est finalement achetée par un collectionneur américain (ce qui explique qu’elle se trouve désormais au Metropolitan de New-York).
J'ai eu la chance de voir cette copie originale. On y voit un tourbillon d'hommes et de percherons. Au vu des dimensions de la toile, l'effet est saisissant.
En 1860, Bonheur s’installe à By (Seine-et-Marne) avec Nathalie Micas, sa première compagne (après la mort de celle-ci, elle vit avec Anna Klumpke, une peintre américaine). Elle fait aménager un atelier et des espaces pour des animaux. Elle possède en effet une véritable ménagerie : lion, lion, cerf, gazelle, chevaux, etc.
Miriam a proposé en 2022 un billet sur le château de By si vous voulez en savoir plus.
Étude de bisons (crayon et aquarelle, château de By). Une très belle étude de l'animal, très simple avec ces grandes masses brunes.
Labourage nivernais ou Le Sombrage (1849, Orsay). La lumière est très belle, dorée et intense, et la couleur épaisse. Les sillons de terre sont incroyablement rendus. Il s'agit du premier tableau commandé à l'artiste par l'État, tout au début de sa carrière.
Quatorze études de cerfs (aquarelle, Orsay). On comprend que Bonheur a mis à profit sa ménagerie et a passé du temps à observer les attitudes et comportements des bêtes, à les noter, griffonner, peindre, sans relâche. C'est un art de l'observation, mais aussi d'une certaine transfiguration, le but étant de parvenir à des tableaux qui magnifient l'animal.
Notre propre goût nous pousse davantage vers les dessins et les aquarelles, avec leur part d'estompe, d'incertain et d'inachevé, mais le public du XIXe siècle réclamait des peintures bien finies.

Georges Achille-Fould, Rosa Bonheur dans son atelier (1893 Bordeaux BA). On voit la peintre quelques années avant sa mort, au faîte de sa carrière. Elle-même porte la crinière romantique commune aux écrivains et artistes de son temps.
Le petit bazar programmatique de l'atelier d'artiste contient : un buste en plâtre, de petites sculptures de cerf et de chamois, des peaux de bêtes, des dessins et des peintures sur le sol. À gauche, on voit l'esquisse de la grande Foulaison en Camargue. Bonheur porte une blouse de travail et un pantalon (autorisation de port du pantalon dument accordée par la préfecture de Paris). Elle est train de mettre la dernière touche à un tableau de lions et ce n'est pas une façon de dire : si Achille-Fould a réalisé tout le tableau, c'est elle qui a peint les fauves !
Bonheur a toujours fait en sorte de veiller à son indépendance financière (déjà, en ne se mariant pas). Elle peint pour de riches collectionneurs américains, fait reproduire ses peintures en gravure par la maison Goupil et fait diffuser des photographies et des entretiens d’elle afin d’assurer sa promotion. Au XIXe siècle, les artistes, les galeristes et divers intermédiaires organisent de véritables tournées pour montrer les oeuvres d'art, faire connaître les artistes, trouver des acheteurs (publics ou privés) et faire augmenter les prix de vente.
J’ai eu le plaisir de visiter, en compagnie d'Ingannmic, l’exposition que le musée de Bordeaux a consacrée à Rosa Bonheur en 2022 (exposition ensuite reprise à Orsay). C’est là où nous nous sommes rencontrées et où j’ai pris toutes ces photos.
La semaine prochaine, un autre artiste.