La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



vendredi 25 février 2011

Le péril jaune incarné en un seul homme


Suite de l’épisode de lundi où j’annonçais des croisements intéressants et curieux d’un roman à l’autre, façon coq à l’âne.
Le premier, le plus simple à repérer, est une coïncidence palpitante : 1913. Année de publication du premier Fu Manchu et du premier volume de la Recherche, Du côté de chez Swann (et de tas d’autres ouvrages aussi, Alccols d’Apollinaire ou Le grand Meaulnes d’Alain-Fournier). J’aime beaucoup ce genre de point de contact. Sax Rohmer a vraisemblablement entendu parler de cet écrivain français ; quant à savoir s’il l’a lu… En revanche, Proust est mort en 1922 et le premier Fu Manchu a été traduit en français en 1930 d’après ce ce site ultra pointu, et même si Marcel lisait Ruskin dans le texte, il n’est vraiment pas certain qu’il ait gaspillé son précieux temps en pseudo-chinoiseries… Donc, une pure coïncidence.
En réalité, chacun de ces romans est extrêmement représentatif de son temps – le même – et de sa culture – séparée par un chanel. Proust décrit la haute société française, l’aristocratie et la bourgeoisie, les mécanismes sociaux par lesquels le pouvoir culturel change de camp, les parcours d’individus. Il évoque la modernité : les voitures, la première guerre mondiale, les impressionnistes accrochés au Louvre, les bains de mer, la musique, les débuts du téléphone et l’apprentissage qu’il faut faire de ce nouvel appareil. En s’intéressant aux changements de sa propre personnalité et aux fluctuations de son moi, il sait que l’individu règnera en maître au XXe siècle. Rohmer est tellement britannique : ce couple à la Sherlock et Watson, l’empire britannique (un thème qui va de Dracula à Blake et Mortimer), la fascination pour l’Orient, la voiture, le train, le paquebot, le médecin et le policier incarnant la civilisation, on est entre Jules Verne et Agatha Christie. Proust et Rohmer, deux facettes d’un même moment.

Quant aux deux autres allusions :
Nayland Smith a le même tic que Bogarth incarnant Marlowe (Le Faucun maltais), se tirer le lobe de l’oreille en signe d’intense réflexion.
Et le méchant chinois a à son service les mêmes dacoïts qui obéissent à l’Ombre jaune dans Bob Morane.

Le médecin chinois a été dessiné et gravé par François Boucher.

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