La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



mercredi 25 avril 2012

Des outils, un bon corbeau, le plus joli canari de Londres et une bonne couverture.


Anne Perry, L’Étrangleur de Cater Street, traduit de l’anglais par Annie Hamel et Roxane Azimi, 1e parution 1979, Paris, 10/18, 1997.

Grâce à Aymeline, j’ai pu lire ce premier volume des enquêtes de Charlotte Ellison et de l’inspecteur Thomas Pitt.
 L’intrigue se situe dans Cater Street, une rue bourgeoise de la Londres victorienne, au sein de la famille Ellison. Une famille normale avec grand-mère, parents, fille aînée mariée, fille du milieu trop franche pour avoir le moindre prétendant, fille cadette ambitieuse à l’esprit pratique, le majordome et les bonnes. Tout est très conformiste… jusqu’au jour où des jeunes femmes commencent à être étranglées dans la rue les soirs de brouillard.
  L’intrigue policière n’est sans doute pas le point fondamental du livre, mais ce qui est intéressant est l’évocation des rapports humains de l’époque. Nous sommes dans une société hiérarchisée, dont les discours ne peuvent que nous apparaître comme caricaturaux. Si une jeune fille se fait tuer c’est parce qu’elle est de moralité douteuse (et vice versa). Quand il s’agit d’une domestique, personne n’y trouve à redire. Et tout est à l’avenant : le policier n’est pas un personnage respectable puisqu’il ne connaît que les bas-fonds, les femmes n’ont qu’une vertu : la soumission. Tout cela est bien connu, mais il est toujours bon de se rafraîchir la mémoire. À mon sens, ce qui est le plus réussi dans ce roman, c’est la description des conséquences de cette situation : l’obéissance remplace la confiance et les individus ont très vite le sentiment d’être perdus, isolés, de n’avoir aucun appui. Tout prend l’allure de secret capable de détruire la famille. La dureté des normes sociales fragilise les individus, incapables de faire face à la moindre perturbation.

Détail d'un journal entre 1835 et 1840
Marseille, MuCEM, image RMN.

Le personnage de Charlotte est très sympathique dans sa colère contre cette tyrannie, d’autant que nous suivons de près ses sentiments. Je dois dire qu’Anne Perry rend très bien compte de la complexité des sentiments de ses personnages. Ainsi Emily la cadette, consciente de toutes les contraintes posées à une femme de sa condition, qui loin de s’y opposer, en joue avec intelligence et sens pratique, sans être aucunement victime du système.
Le prétexte criminel rend tout cela très agréable à lire… oui, il y a policier, crimes, étrangleurs et interrogatoires….

La conversation créait comme un ronron dans la pièce. Charlotte n’écoutait plus. C’était un échange sympathique, réconfortant, entre membres de la même famille. Ça n’avais pas grand sens, comme ces rituels qui ponctuent la journée.
En serait-il toujours ainsi ? Une infinie succession de jours passées à tricoter, peindre, vaquer aux diverses tâches ménagères, prendre le thé ?

Merci Aymeline de faire voyager ce livre. Si vous voulez le lire, il faut aller s’inscrire chez elle. Et du coup, nouvelle petite participation au Challenge vcitorien de ladite Aymeline.
Sur ce livre, les avis d'Asphodèle, de George, de Nag.


5 commentaires:

  1. Cette série me détend tellement que j'en suis au tome 4 !! Si, fatalement, il y a des redites, nous en apprenons toujours un peu plus malgré tout sur les codes de la société victorienne, que ce soit dans les bas-fonds ou dans la Haute !

    RépondreSupprimer
  2. Apparemment je n'en avais jamais lu, mais je m'y remettrai peut-être, une fois de temps en temps.

    RépondreSupprimer
  3. Il fait partie des Perry que j'ai appréciés : effectivement, elle donne une bonne vision des moeurs de l'époque...

    RépondreSupprimer
  4. Oui Maggie (bienvenue ici), c'est tout à fait ça.

    RépondreSupprimer

N’hésitez pas à me raconter vos galères de commentaire (enfin, si vous réussissez à les poster !).