La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



jeudi 28 juin 2012

Nous serons tous plus tranquilles quand le train aura démarré avec vous dedans.


Eduardo Mendoza, Bataille de chats, traduit de l’espagnol par François Maspero, 1e éd. 2010, Paris, Seuil, 2012.*

Un livre un peu embrouillé avec impression mitigée.
Nous sommes en 1936. Anthony Whitelands, anglais et spécialiste hors pair de la peinture espagnole du siècle d’or, pas très brillant à part cela, est en mission discrète à Madrid. Une riche famille aristocratique souhaite se défaire de quelques pièces de sa collection de peinture afin de pouvoir réunir les capitaux nécessaires à une fuite à l’étranger – vu la tournure de l’actualité politique espagnole. Elle a besoin d’un expert honnête – Anthony, notre héros.
Mais à peine débarqué à Madrid, la situation se complique. Un vol de papiers, une rencontre avec une prostituée, un charmant membre de la Phalange, des marquises tout aussi charmantes, l’Ambassade de Grande-Bretagne, la Sûreté d’État et un Vélasquez  inconnu constituent le quotidien du séjour de l’Anglais. Ainsi que des bolcheviques, meetings fascistes et j’en oublie.
Au départ, j’étais assez sceptique sur ce roman. D’abord parce que le personnage principal ne m’a pas vraiment intéressée. Ensuite parce que l’écriture n’est pas sensationnelle, loin de là, elle est plate. Mais finalement je me suis plutôt prise au jeu. Il faut reconnaître que j’ai un goût certain pour les romans à l’intrigue embrouillée (Pynchon, Bosco, Hammett, DeLillo, Kaddour peuvent en témoigner) même si le roman est faiblard. Mendoza n’entre jamais dans la réalité d’un roman d’espionnage. Les scènes de révélations sont des farces et l’essentiel n’est pas de comprendre qui est dans quel camp. Mais le livre repose sur une ironie tragique : on a la certitude que la fin littéraire sera joyeuse (difficile de s’inquiéter pour Anthony) mais que la fin historique sera terrible – car on est à quelques jours du déclenchement de la guerre civile et on assiste aux hésitations de quelques-uns des acteurs de l’événement. On les voit faire des erreurs terribles, en toute impuissance. Finalement j’ai dévoré la fin pour savoir ce qu’il advenait du Vélasquez, sans espérer non plus de surprise.
Un livre sympathique avec un bon point : le désordre et la peur du Madrid d’avant la guerre sont très bien rendus.

Madrid, Gran Vía, image Wikipedia. 
Il fit une pause pour dominer son émotion, comme si la mention du danger qui planait sur ses êtres chers lui coupait la respiration. Mais il avait beau lancer des regards furtifs apparemment chargés de peur, on voyait bien qu’il trouvait un certain plaisir à cette mise en scène.

Merci à Colette pour le prêt de ce roman !

* Los gatos, les chats, c’est le surnom des Madrilènes.

2 commentaires:

  1. J'aime bien Mendoza, son humour discret. Il n'est certes pas un grand styliste, mais un bon raconteur d'histoires.

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  2. C'est ça oui ! Ce n'est sans doute pas son meilleur ceci dit. Mais j'essaierai d'en lire d'autres.

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