Doug Peacock, Mes années
grizzly, traduit de l’américain par Josiane
Deschamps, 1e éd. 1987, paru chez Albin Michel en 1997, Paris,
Gallmeister, 2012.
Il y a un an, j’ai lu Les derniers
grizzly de Rick Bass, livre qui m’avait
fait une forte impression et où apparaît Doug Peacock comme un héros
improbable. Quand j’ai eu la possibilité de lire un livre sur les grizzlys écrit
par Peacock lui-même, je n’ai guère hésité.
Il s’agit d’un recueil de plusieurs
textes relatant sa relation au grand ours américain. Peacock est un ancien du
Viêt-nam revenu inadapté à la vie collective, qui trouve un refuge mental dans
les montagnes sauvages. Il part camper, seul, dans les régions les plus
reculées, celles délaissées par l’être humain (quoique, à l’ère de l’aviation,
plus rien n’est à l’abri des bruits de moteur), celles où s’est réfugié
l’animal le plus chassé du pays.
Il est souvent fait mention des
Indiens, exterminés au même titre que les bisons et les grizzlys. Il fait
remarquer que la nature sauvage a été inventée par l’homme blanc. Peacock est
très critique vis-à-vis des administrations, accusées de favoriser la fin de
l’ours, y compris celles des parcs nationaux pour qui les zones sauvages sont
une perte.
Nous croisâmes un groupe de quatre bisons, des mâles aux longs poils rudes, qui se tenaient dans le vent et qui nous regardèrent passer sur le sentier à une quinzaine de mètres d’eux. Plus loin, en contrebas, on pouvait apercevoir d’autres bisons qui paissaient dans le brouillard. Devant nous, une nappe de vapeur traînait au-dessus du cours d’eau qu’alimentaient de nombreuses sources chaudes. C’était tout cela le pays grizzly.
L’auteur est fasciné par les
grizzlys, par leur proximité avec l’être humain (l’ours est omnivore, ronfle,
joue, flanque des baffes à ses petits) et par leur caractère primitif et
imprévisible. Une force brute venue de la nuit des temps. Il souligne que leur
nature n’a plus aucune place dans un territoire entièrement occupé par l’homme,
alors qu’il conviendrait de laisser des espaces où les ours ont le droit de se
comporter en ours. Il n’idéalise pas le plantigrade, ayant peur de leur
violence, pris de tremblements à l’idée qu’un ours qu’il connaît ait pu
s’attaquer à un être humain. Une forêt habitée par un grizzly rend le marcheur
plus humble.
L’ours se détourna lentement, avec élégance et dignité, puis, d’un pas cadencé, il s’enfonça dans le bois à l’autre bout de la clairière. J’avais le souffle court et le visage cramoisi. Je sentais que je venais d’être touché par quelque chose de très puissant et de très mystérieux.
Image Wikipedia. |
Le récit de ces immenses
randonnées est très concret, on est loin ici des évocations lyrico-romantiques.
Jours de marche, kilomètres, pluviométrie, pente, végétation, espèce des
arbres… tout compte si l’on veut camper au milieu de ces animaux. Le moindre
élément peut vous sauver la vie et si Peacock est un homme hors du commun, il
n’est pas un héros.
J’ai beaucoup, beaucoup aimé ce
livre que j’ai trouvé apaisant. La simplicité de la langue et du sujet m’a
séduite. Il s’agit simplement d’aller voir les grizzlys, de marcher et de
reprendre l’année suivante. On prend de la hauteur avec notre existence
quotidienne, en songeant que quelque part, dans un endroit inaccessible, un
gros ours laisse son empreinte griffue sur le sol.
Au milieu d’une touffe d’herbe
sèche, j’aperçus les grandes oreilles d’un gros lièvre. Translucides, éclairées
à contre-jour par le soleil d’après-midi, elles étaient parcourues par tout un
réseau de veines bleues. Je lançai mon plus beau hurlement de coyote, et le
lièvre détala parmi les immortelles.
Et Kazantzakis fait une
apparition ! Si, si !
Je crois que ce livre est très beau. Chez toi, un ours brun et chez moi, un ours blanc.
RépondreSupprimerBon weekend.
Oui, il est très beau ! À lire, absolument.
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