La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



lundi 27 août 2012

Aujourd’hui le deuil populaire, c’est la mort de l’homme de talent ; le deuil national, c’est la mort de l’homme génie.*


Balzac a eu de la chance, il a eu Victor Hugo à ses funérailles ; la classe. Lequel a prononcé un discours qui commence comme ça :

Messieurs,
L’homme qui vient de descendre dans cette tombe était de ceux auxquels la douleur publique fait cortège.

Qui continue comme ça :
Tous ses livres ne forment qu’un livre, livre vivant, lumineux, profond, où l’on voit aller et venir et marcher et se mouvoir, avec je ne sais quoi d’effaré et de terrible mêlé au réel, toute notre civilisation contemporaine ; livre merveilleux que le poète a intitulé comédie et qu’il aurait pu intituler histoire, qui prend toutes les formes et tous les styles, qui dépasse Tacite et qui va jusqu’à Suétone, qui traverse Beaumarchais et qui va jusqu’à Rabelais ; livre qui est l’observation et qui l’imagination ; qui prodigue le vrai, l’intime, le bourgeois, le trivial, le matériel, et qui par moments, à travers toutes les réalités brusquement et largement déchirées, laisse tout à coup entrevoir le plus sombre et le plus tragique idéal.

Et ça finit comme ça :
De pareils cercueils démontrent l’immortalité ; en présence de certains morts illustres, on sent plus distinctement les destinées divines de cette intelligence qui traverse la terre pour souffrir et pour se purifier et qu’on appelle l’homme, et l’on se dit qu’il est impossible que ceux qui ont été des génies pendant leur vie ne soient pas des âmes après leur mort !

(21 août 1850)



La classe vous dis-je… 
* Hugo prépare le discours de ses propres funérailles, manifestement.
** Pas de mesdames, oui.
L'image peut être agrandie en cliquant dessus, elle est extraite de Mes hommes de lettres de Catherine Meurisse, dont je vous parle bientôt.

Le texte entier du discours est dans l’édition Folio de Ferragus, dont je vous parle demain (patience Marie, ça vient !).


5 commentaires:

  1. Après avoir lu un tel éloge de mon écrivain chouchou, je ne peux que patienter de bonne grâce. :-)

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  2. Comme tu dis : "la classe" !
    Et si je relisais un peu Balzac... ?
    Bonne semaine.

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  3. Merci Marie...
    Et oui Catherine, peut-être que tu n'avais pas lu les "bons" ! Il faut dire qu'on commence tous par les mêmes, ce qui est une erreur.

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  4. P...N pas moyen de commenter, mon comm a disparu !! Je vais mordre, tu regarderas dans tes spams ???

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  5. Y a rien dans les spams... je te jure, que disais-tu d'original et intelligent ?

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