La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



jeudi 11 avril 2013

Faute de personnel, les nourrissons serrés dans leur maillot au langage compliqué, n’étaient changés qu’une fois par jour.


Isabelle Marsay, Le Fils de Jean-Jacques ou La Faute à Rousseau, Ginkgo éditeur et édition Neige, 2012.

Un bon livre mais qui me laisse un peu sur ma faim… de quoi s’agit-il ? Rousseau comme l’on sait a abandonné ses cinq enfants aux Enfants Trouvés tandis que ses écrits montrent un fort intérêt pour l’éducation. L’histoire littéraire s’écharpe là-dessus depuis presque 300 ans. Au lieu d’en débattre, Marsay imagine la vie possible d’un de ces enfants, celui dont on sait que le philosophe a vaguement essayé de le retrouver.
Le roman alterne des chapitres courts où l’on suit l’enfance et la jeunesse de Baptiste, le fils de Jean-Jacques, et des extraits des écrits de Rousseau où il mentionne cette question. Nous découvrons que des nourrices sillonnent le pays avec des nourrissons dont on fait littéralement le commerce. J’ai apprécié le fait que l’auteur nous épargne acrimonie et cours de morale, laissant le lecteur se faire sa propre opinion. Je trouve aussi que la vie dans les campagnes françaises au XVIIIe siècle est très bien rendue : description de la misère, des chemins, de la nourriture, des mœurs. Peu de romans se déroulent ainsi presque intégralement en campagne. Cela donne à ce livre sa note triste et mélancolique.
Alors que m’a-t-il manqué ? Je ne sais pas, quelque chose dans la langue. J’ai trouvé le récit un peu linéaire, la langue un peu simple.

Atelier des Berthélémy, La Nourrice,
1610, Cité de la Céramique de Sèvres, image RMN.

C’est un roman car tout est dit dès le début : tout indique que les enfants sont tous morts aux premiers temps de leur vie. Les statistiques des Enfants Trouvés sont terribles.

Tandis que les nouvelles venues offraient leur sein à tous ceux qui pleuraient, le médecin en profita pour vérifier que ces gaillardes-là n’étaient pas en trop mauvaise santé ; qu’elles étaient bien en état d’allaiter car, dans la précipitation, il était arrivé que des enfants fussent remis à des nourrices dont le lait s’était depuis longtemps tari.

Un livre voyageur de George (merci !). Les avis plus enthousiastes de George, d'Asphodèle, de Littérature et Chocolat (qui trouve le livre plus accusateur que moi pour Rousseau), Claudia Lucia et Margotte estiment comme moi que Marsay ne juge pas.

7 commentaires:

  1. Quel intérêt de faire un livre où l'auteur ne donne pas son avis ?

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  2. Ce n'est pas une question de donner son avis. Je ne doute pas que Marsay ait un avis, et on peut le deviner, mais je n'aurais pas supporté le couplet moral "Rousseau quel salop !" Elle fait quelque chose de plus original et plus ambitieux : montrer la faiblesse d'un personnage que manifestement elle connaît bien et apprécie.

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  3. Je suis d'accord avec toi. Marsay n'a pas à juger, ce qu'elle montre parle pour elle. J'ai été horrifiée de voir que c'était presque impossible que ces enfants s'en sortent. Cela fait d'autant plus ressortir l'hypocrisie, voire le cynisme de JJ Rousseau.

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  4. J'ai apprécié que le langage soit simple, clair et net ! Et puis, chose importante, ses écrits (bien antérieurs à ce livre) sont accessibles aux élèves de première. C'est quand même mieux de l'étudier et de savoir tout ça ! Ca n'enlève rien à ses écrits, juste l'humanité qu'il prône...

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  5. Claudia : voilà, paradoxalement le livre est d'une grande violence à cause de cela.
    Asphodèle : oui c'est sûrement très bien pour les ados en effet.

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  6. J'ai été plus enthousiasmée que toi par ce livre... mais comme tu connais très bien le XVIII (qui n'est pas ma période de prédilection), tu es peut-être plus exigeante ;-)
    Bon we à toi !

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  7. Je crois que c'est plus dû à l'écriture parce que j'ai trouvé le livre très intéressant à propos de cette époque.

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