La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



jeudi 16 mai 2013

Je me laissai alors tomber sur mon lit comme une nouille froide dans Pyongyang déserte.


Jean-Luc Coatalem, Nouilles froides à Pyongyang, Grasset, 2013.

Un livre original : le compte rendu d’un séjour qu’un journaliste a effectué en Corée du Nord. Coatalem s’est fait passer pour un représentant d’une agence de tourisme, prospectant le pays pour son travail. Avec un ami, il a ainsi obtenu un visa et fait le tour des curiosités de la Corée. Avec aussi ses guides/surveillants/espions.
Rarement le mot d’ « absurdistan » n’aura été aussi approprié qu’ici. L’auteur fait un rappel historique de la guerre de Corée et de l’ascension des Kim Il-sung, Kim Jong-il et fils (Cher Leader était encore vivant à l’époque). Il explique toutes les conséquences internationales du blocus du pays et donne des détails du quotidien :
Un tissu mis au point spécialement par un savant local à partir du calcaire et de l’anthracite
La famine qui provoque le rachitisme au point qu’il a fallu abaisser la taille minimale pour l’incorporation militaire
Même si les occidentaux sont mieux traités que les Coréens, pas de fruits frais, pas de laitage, pas de condiment, des mini-portions apportées dans des coupelles, des sachets de thé à se partager entre 10 personnes.
Le truc pour désinfecter les ourlets de pantalon de ceux qui vont s’incliner sur la momie de Kim Il-sung

Les anecdotes font sourire mais au final on sent une déception : car Coatalem ne pourra jamais parler à un Coréen librement et on ignore donc tout de l’état d’esprit des habitants. Sa frustration ne cesse de monter face à cette coupure. Il ne rapporte de Corée que des faits. En outre, se dégage du pays une infinie sensation de tristesse, de solitude et de vide. Cette sensation de vide est sans doute due à l'écriture, sans relief, on ne sympathise guère avec le narrateur. Une lecture intéressante.

Ri Tong Gon, Au petit matin, 2010, musée de Pyongyang.
Provenant du site de France 24 rendant compte de l'exposition  d'artistes nord-coréens à Vienne.
Avec des baguettes, nous avalons l’invariable kimchi et partageons à six une aile déliquescente de poulet, quelques rondelles de patates dures, en oubliant l’anicroche. M. Kim nous confie que les rares fois où, avec des officiels, il est sorti de Corée de Nord, il est tombé malade à cause de la nourriture, trop riche, trop grasse. Leurs estomacs peu habitués ne supportaient pas. Une hécatombe dans la délégation.

Sur le sujet, je vous conseille la récente émission Le secret des sources et mieux encore ce reportage d'Arte. L'avis de Culturez-vous,


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