La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



lundi 9 septembre 2013

Bon je savais que j’ai toute ma vie devant moi mais je n’allais pas me rendre malade pour ça.


Romain Gary sous le nom d’Émile Ajar, La Vie devant soi, 1975.

Enfin lu ce classique, dont le sujet ne m’attirait pas plus que cela a priori. Beaucoup d’entre vous connaissent ce récit mené à fond de train par Momo, petit garçon de 10 ans, élevé par une vieille dame, Madame Rosa. On est dans le Belleville d’avant Pennac, entre prostituées et « proxynètes », travailleurs Africains et émigrés arabes.

Le récit est drôle et attachant. La langue n’est pas du tout celle d’un enfant mais c’est quelque chose de bien mieux : une création unique de mots approximatifs, de collages entre expressions figées et langage populaire, termes yiddish ou arabes. Le récit est aussi plein d’humanité à l’égard des vieux, et surtout des vieux qui vieillissent seuls. Il est également à la gloire des solidarités informelles entre amis, voisins et familles, entre ceux qui se serrent les coudes face à une administration terrible car impersonnelle.
C’est toute la France ou tout le Paris populaire qui est là : les flics aux super pouvoirs, les maquereaux rois de la sape, le Bois de Boulogne, une vieille Juive revenue des camps, un vieil arabe qui confond le Coran et Les Misérables, la peur du cancer, les rumeurs d’Orléans, l’Assistance publique…

Mais Madame Rosa se gâtait de plus en plus et je ne peux pas vous dire combien c’est injuste quand on est en vie uniquement parce qu’on souffre. Son organisme ne valait plus rien et quand ce n’était pas une chose, c’était l’autre. C’est toujours le vieux sans défense qu’on attaque, c’est plus facile et Madame Rosa était victime de cette criminalité.

C’est un livre dur mais à la tonalité dynamique et plutôt joyeuse même si cela ne chante pas le bonheur et la douceur de vivre.


-       C’est pas nécessaire d’avoir des raisons pour avoir peur, Momo.
Ça, j’ai jamais oublié, parce que c’est la chose la plus vraie que j’aie jamais entendue.

Merci Marion pour m'avoir offert ce livre. Dans le cadre du challenge Romain Gary de Delphine.

6 commentaires:

  1. Contente que tu aies enfin lu ce livre si singulier

    RépondreSupprimer
  2. Je n'ai jamais lu cet auteur. Je sais qu'il est talentueux...

    RépondreSupprimer
  3. J'ai lu ce livre il y a des années et je l'ai trouvé intéressant.
    Peut-être c'est justement le moment de le relire.

    RépondreSupprimer
  4. Grâce à toi Delphine !
    Syl : je m'y suis mise très récemment tu sais et je découvre lentement avec grand plaisir.

    RépondreSupprimer
  5. Je me souviens l'avoir lu à sa parution et l'avoir beaucoup aimé.Effectivement la langue est savoureuse!

    RépondreSupprimer
  6. C'est ça, la langue de ce roman est une création qui ne ressemble à rien d'autre qu'elle-même !

    RépondreSupprimer

Les commentaires sont libres mais ça empêche pas chacun d'être responsable de ce qu'il/elle écrit (ou, comme le dit une amie, "Ce n'est pas une raison pour faire les cons").