La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



mardi 10 mars 2015

Tu leur ferais pitié, vieille tête espagnole !

Victor Hugo, Hernani, 1830.

D’Hernani je connaissais l’espagnolade, le gilet rouge de Gautier, l’escalier – dérobé, le lion – superbe et généreux. Et maintenant… je trouve que ça a sacrément vieilli.

Doña Sol doit épouser le vieux duc, Don Ruy Gomez, un homme pétri d’honneur ancestral. Mais elle aime le bandit Hernani qui l’adore. Mais elle est aussi aimée par Don Carlos, le roi, futur Charles Quint. Le tout dans un climat d’épée, de protestations d’honneur et d’amour.
J’avoue avoir eu du mal à prendre cette pièce au sérieux. Il y a beaucoup d’invraisemblances. Je trouve surtout que les personnages parlent un peu trop haut ou pour le dire autrement « en font des tonnes ». Il y a des moments assez ridicules.

J’affirme que le Cid, cet aïeul de nous tous,
Les eût tenus pour vils et fait mettre à genoux,
Et qu’il eût, dégradant leur noblesse usurpée,
Souffleté leur blason du plat de son épée !
Voilà ce que feraient, j’y songe avec ennui,
Les hommes d’autrefois aux hommes d’aujourd’hui.

Daumier, Don Quichotte, 1855, National Gallery, Londres.
Loin de moi l’envie de refaire l’histoire littéraire et de rappeler la bataille d’Hernani. Il m’apparaît qu’il s’agit d’une pièce de jeunes gens enflammés, beaux héros sympathiques, qui s’affrontent sous l’œil d’un vieil homme garant de l’honnêteté et de la fureur à l’ancienne – il se réclame du Cid, lui. Ces jeunes gens refusent de devenir adultes. Ainsi Charles disparaît de la pièce quand il devient empereur et se comporte enfin en tant que tel. Mais Hernani et Doña Sol resteront à jamais un amour impuissant. Là encore, le Cid court comme un modèle à l’arrière-plan de la pièce. Bien sûr, le parallèle s’impose avec Hugo et ses amis, eux-mêmes des jeunes gens, envoyant valser les vieilles ganaches de leur temps.
Mais tout de même, Hugo manie la couleur espagnole (le goût du sang, la puissance de l’empire, les costumes) avec virtuosité et sans retenue.

Ah ! par pitié pour toi, fuis ! – Tu me crois peut-être
Un homme comme sont tous les autres, un être
Intelligent, qui court droit au but qu’il rêva.
Détrompe-toi. Je suis une force qui va !
Agent aveugle et sourd de mystères funèbres !
Une âme de malheur faite avec des ténèbres !
Où vais-je ? Je ne sais. Mais je me sens poussé
D’un souffle impétueux, d’un destin insensé.



4 commentaires:

  1. Mais oui, bien sûr, tu as raison! je les vois bien tous ces défauts! Et tu mets le doigt où ça fait mal, traîtresse!
    Mais voilà, j'aime quand même! Ce n'est pas fait par n'importe qui qui a écrit ce drame, c'est le Hugo de 28 ans, tout feu, tout flamme,! La pièce a du panache, elle a des faiblesses, certes, mais c'est le revers de ses qualités.. C'est le Roméo et Juliette français. Et puis, je l'ai vue interprétée par des acteurs qui parvenaient à nous émouvoir. Enfin, il ne faut pas tout prendre au sérieux, Hugo a voulu nous faire rire! Et enfermer un roi dans une armoire comme un mari cocu, ce n'était pas rien, surtout à l'époque!

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    1. C'est gentil de ne pas dire que je suis une peau de vache. Je suis ok, la pièce est celle d'un jeune fou qui s'est dit "on va tout renverser", avec défauts et qualités qui vont avec.

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  2. j'ai bien aimé la farce, la grandiloquence pas du tout réaliste, après tou on va au théâtre pour voir un spectacle, avec Hugo effets garantis!

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    1. On est d'accord sur tout ça en effet !

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