La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



jeudi 28 mai 2015

En ce temps-là, j’étais en pleine prospérité, au comble de toute bonne fortune.

La Vie de Lazarillo de Tormès, 1554.

Un roman picaresque lu en édition bilingue (traduction de Bernard Sesé).

Cette œuvre anonyme a pour anonyme Lazare, un pas grand-chose qui raconte sa vie. Naissance pas très glorieuse, serviteur lâche et voleur de maîtres qui  ne valent pas mieux, il parvient cependant à l’aisance d’une façon peu morale. On croise tout au long de ce récit de vie des clercs peu scrupuleux, menteurs et radins, un noble au cœur véritablement généreux, mais qui préfère mourir de faim plutôt que d’ôter son chapeau devant un inférieur, un maure généreux, un ménage à trois…

Pas toujours facile à lire, je découvre que cet espagnol un peu ancien aime les inversions. La langue est rapide et sans fioriture, mais comporte un grand nombre de traits d’humour. Le narrateur manie l’ironie sobre, à demi-mot, et l’humour froid, chaque dialogue à voix haute étant doublé par les réflexions personnels de Lazare comme un écho comique. Le charme du récit vient d’ailleurs en grande partie de ces apartés, souvent cocasses et moqueuses.

Murillo, Petit paysan, 1670-8, Londres, National Gallery
C’est un des premiers romans en forme d’autobiographie où le héros est un personnage mineur (Lazarillo = le petit Lazare), sans aucune importance sociale et se moquant des tares de la société. Il contient de nombreuses sources folkloriques que les éditions critiques détaillent soigneusement. Lazare n’est pas un poète, c’est un esprit positif qui respecte la richesse et le ventre plein. Il se moque de l’honneur espagnol en le tournant en dérision (il aurait certainement ri à la vue des personnages d’Hernani en pleine compétition de celui qui sera le plus noble). Ce roman anonyme a immédiatement connu un grand succès et s’est imposé comme un modèle littéraire.

Et ça commence comme ça :
Yo por bien tengo que cosas tan señaladas, y por ventura nunca oídas ni vistas, vengan a noticia de muchos y no se entierren en la sepultura del olvido, pues podría ser que alguno que las lea halle algo que la agrade, y a los que nos ahondaren tanto los deleite.

Je trouve bon pour ma part que des choses si remarquables, et peut-être jamais entendues ni vues, viennent à la connaissance de beaucoup de gens et ne soient pas enterrées dans la sépulture de l’oubli, car il se pourrait qu’un de ceux qui les lisent y trouve quelque chose à son goût et que ceux qui ne vont pas chercher si loin y trouvent du plaisir.



4 commentaires:

  1. j'aimerais bien pouvoir lire dans d'autres langues.. une autre musique... les éditions bilingues sont un vrai plus!

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    1. Ce n'est pas facile, en général il faut que je lise deux fois le livre en général.

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  2. Je l'ai en espagnol et je mets toujours du temps à les lire dans la langue... Mais c'est un classique que j'ai hâte de découvrir... J'aime bien ce thème du picaro comme Gil Blas ou le paysan parvenu...

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    1. Le paysan parvenu me plaît moins, mais je ne connais pas Gil Blas en revanche.

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