Le vent se lève ! . . . il faut tenter de vivre !
L'air immense ouvre et referme mon livre,
La vague en poudre ose jaillir des rocs !
Envolez-vous, pages tout éblouies !

Paul Valéry

lundi 27 juillet 2015

Sa voix céleste, son désir et le goût brûlant de gingembre, de poivre, d’oignon cru et le sel de la vie, seule vérité.

Jorge Amado, Dona Flor et ses deux maris, traduit du brésilien par Georgette Tavares-Bastos, parution au Brésil en 1966.

Au début du roman, Vadinho meurt en plein carnaval de Bahia. Nous faisons alors connaissance avec le jeune homme charmant, espiègle, souriant, farceur… joueur, coureur, buveur et avec sa femme, la dorénavant veuve dona Flor. Le roman raconte leur rencontre, leurs amours, les chagrins, la passion, le désir. Et puis le dur veuvage, et le remariage.

Qu’on me laisse en paix avec mon deuil et ma solitude. Ne me parlez plu de ces choses, respectez mon veuvage. Revenons au fourneau : un plat soigné et recherché est le vatapá de poisson (ou de poulet), le plus remarquable de toute la cuisine de Bahia. Ne me dites pas que je suis jeune, car je suis veuve et morte pour ces choses. Un vatapá pour dix personnes, et qu’il en reste comme il se doit.

Nous sommes à Salvador da Bahia dans les années 60. On croise toute la population de la ville dans ce roman : la riche société, les jeunes hommes vivant des femmes et du jeux, les sorcières, les maîtres des tripots, les prostituées, les musiciens… Dona Flor tient une école gastronomique et enseigne les arts de la cuisine de Bahia à qui veut. C’est une jeune femme appétissante et potelée, elle plaît aux hommes, est pleine de désir, mais est honnête et a la réputation sans tache. Car cet univers est suranné. Les commères y tiennent leur place, cherchant à marier les veuves et jugeant de la vertu de la moindre femme, tandis que les hommes estiment que les femmes leurs appartiennent. Le poids du voisinage en cas de deuil est parfaitement décrit : ainsi dona Flor ne se voit pas reconnaître le droit de regretter un mari aussi bohème / canaille. Les préjugés sur le sexe sont légions et empoisonnent la vie des plus aimables.
 
Vue de Salvador da Bahia, image Wikipedia.
Je ne sais pourquoi, ce roman a pour moi tous les caractères d’une lecture de vacances : le nombre de pages conséquent, la légèreté du ton, avec des notes piquantes ou caustiques, beaucoup de sensualité, de la chaleur, une bonne cuisine. On a envie de caresser les poils blonds de Vadinho, de manger les bons petits plats de dona Flor et d’écouter la musique qui se répand de page en page. L’auteur se moque gentiment des faiblesses et croyances de ses personnages, ainsi de cette vieille bigote dont le surnom de jeunesse fut Cul Sublime ou des résolutions de Dona Flor. Bien sûr, comme dans tout roman d’Amado, il y a un peu de sorcellerie. Ce roman, sans être exceptionnel, appelle à la vie et à la sensualité – c’est bien agréable.

Sans doute, qui sait, en raison des activités culinaires de son épouse, à ces moments tendres, Vadinho l’appelait « mon gâteau de maïs vert », « ma croquette parfumée », « ma poulette dodue », et ces comparaisons gastronomiques donnaient une juste idée d’un certain charme sensuel et naturel de dona Flor, dissimulé sous une apparence tranquille et docile.



4 commentaires:

  1. Je prends note, voilà qui pourrait me plaire.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Tu me diras si ça fait "roman de vacances" ou pas (enfin, si tu le lis dans le métro parisien, ça perdra peut-être de son charme). Amado est le romancier de Salvador da Bahia, il a une plume plutôt agréable.

      Supprimer
  2. Oui, ça peut faire un bon roman de vacances, tu as raison : le ton léger, les odeurs, les couleurs, le dépaysement... je lui avais malgré tout trouvé quelques longueurs, et lui avait préféré Tieta d'Agreste, dans lequel on retrouve les mêmes ingrédients, avec un peu plus de rythme !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est vrai qu'il est long et que le suspense n'est pas insoutenable. Le roman est lent et long, cela peut faire partie de son charme.

      Supprimer

Les commentaires sont libres mais ça empêche pas chacun d'être responsable de ce qu'il/elle écrit (ou, comme le dit une amie, "Ce n'est pas une raison pour faire les cons").