Le vent se lève ! . . . il faut tenter de vivre !
L'air immense ouvre et referme mon livre,
La vague en poudre ose jaillir des rocs !
Envolez-vous, pages tout éblouies !

Paul Valéry

vendredi 4 mars 2016

On allait là, chaque soir, vers onze heures, comme au café, simplement.

Guy de Maupassant, La Maison Tellier, 1881.

Un célèbre recueil de nouvelles où le génie de Maupassant joue à plein.

Le premier récit, La Maison Tellier, dresse le portrait d’une maison close – d’une honnête maison close d’une petite ville de province – et d’un dimanche où ces dames assistent à la première communion de la nièce de la patronne. Le tableau est dur et cruel pour tout le monde : les hommes qui s’y rendent, les filles un peu niaises, les paysans impressionnés par tous ces froufrous mais sensibles à l’argent, le curé troublé par la spiritualité de ces dames…

Lorsque rentra la petite fille, ce fut sur elle une pluie de baisers ; toutes les femmes la voulaient caresser, avec ce besoin d’expansion tendre, cette habitude professionnelle de chatteries qui, dans le wagon, les avait fait toutes embrasser les canards.

Plusieurs nouvelles racontent les dimanches au bord de l’eau, dans les guinguettes, au bal, avec les hommes qui emmènent leur dame sur une barque, dans une île, dans les restaurants flottants du bord de Seine. Maupassant décrit ce besoin de soleil et de nature des Parisiens entassés toute la semaine dans leurs immeubles, qui se ruent avec ensemble sur les bords de Seine en quête d’amour et de liberté – avant de reprendre le cours normal des choses. Le ton oscille entre affection pour les besoins affectifs de ses personnages, entre ironie face aux clichés de la vie bourgeoise et commisération pour ces petites vies aux amours malheureuses.
L’auteur décrit avec précision les faux semblants de la vie sociale : le petit chef de bureau, la famille, la belle-mère, les amours de passage, les souvenirs…
 
Bazille, Étude de nu, 1864, Musée Fabre, M&M.
Je note la très belle description de l’amour d’un matelot et d’une jeune femme grâce à la métaphore du chant d’oiseau. Les trilles d’un rossignol en racontent ainsi brillamment toutes les étapes avec beaucoup de sensualité.


Et il raconta sa vie de chaque jour, poétiquement, de façon à faire vibrer dans le cœur de ces bourgeois privés d’herbe et affamés de promenades aux champs cet amour bête de la nature qui les hante toute l’année derrière le comptoir de leur boutique.

10 commentaires:

  1. Ce cher Maupassant, il en connaît un morceau pour ce qui est de peindre le quotidien des petites gens !

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    1. Très fin observateur des autres en effet, car il décrit des réalités qui lui sont certainement très étrangères.

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  2. J'avais acheter son Quarto Gallimard il y a un moment, et de plus je n'avais pas lu Maupassant depuis 20 ans (j'avais 15 ans et c'était une lecture obligatoire) et la semaine dernière j'ai lu pour la premier fois "Boule de suif" et j'ai complètement été soufflé. Je ne me rappelais plus à quel point Maupassant était un bon écrivain. On le place souvent à côté de Zola et Flaubert, et je crois aussi qu'il fait partie de la même classe que ces grands !

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    1. C'est un très grand. Une vie est redoutable, Fort comme la mort aussi. Tu te prépares des heures de lecture très agréables !

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  3. Je relis régulièrement Maupassant. Ses nouvelles sont vraiment bien écrite avec beaucoup d''implicite et de la satire.

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    1. Oui, c'est un art très impressionnant.

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    2. Maggie, je suis désolée, j'ai supprimé par erreur ton commentaire sur le roman finlandais (je vais aller me faire du café). Oui, le roman est très intéressant sur le plan historique.

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  4. Je suis rarement déçue avec un Maupassant.

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