La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



vendredi 22 avril 2016

Assassins, rendez les couleurs !

Marcel Aymé, Le Vin de Paris, recueil de nouvelles de 1947.

Le Paris inquiétant, mais familier de l’Occupation.

Ces nouvelles prennent place pendant l’Occupation ou dans l’immédiate Après-guerre et pour la plupart m’ont mise mal à l’aise. Parmi elles se trouve La Traversée de Paris qui a inspiré le film du même nom. La nouvelle est bien plus noire que le film. Si elle est tout aussi cynique quant au marché noir, il manque le sourire de Bourvil et l’humour des dialogues du film (même si l’oralité est très bien rendue par Aymé) et dresse un panorama assez triste de l’âme humaine. On croise dans les autres nouvelles un homme qui se fait passer pour un policier pour gagner de l’argent et rétablir la justice, un homme qui cherche à pécher pour perdre une auréole trop voyante…

Les vieux ne sont pas si à plaindre qu’on croit, fit observer Martin. Ils repensent toujours à dans le temps et les souvenirs, c’est comme le vin, plus ils sont vieux, plus ils sont bons. Et quand ils sont frais, bien souvent, on en a gros cœur. Pas vrai ?
S. Crustier, Rain on Princess street, vers 1913, Dundee's art gallery and museum, M&M
C’est un Paris triste, suspicieux et inquiétant, où les personnages sont cruels ou indifférents, tout en étant très certains de leur bon droit. Le climat de l’Occupation est bien là avec le marché noir, la pénurie, le rationnement, les profiteurs. Plus généralement, ces nouvelles abordent fréquemment les questions relatives aux classes sociales et aux diverses frustrations qui en découlent. L’intervention du surnaturel ou de l'absurde et cet univers gris m’ont fait penser aux nouvelles de Buzzati.
Ma nouvelle préférée est La bonne peinture qui se déroule parmi les peintres de Montmartre : le peintre Lafleur se met à peindre des toiles nourrissantes – vraiment nourrissantes ainsi que l’expérimente un clochard. Elle amène du soleil et de l’espoir, tout en ayant l’humour nécessaire.


Il suffisait de regarder attentivement l’une de ses toiles pendant vingt ou trente minutes et c’était comme si l’on eût fait, par exemple, un repas de pâté en croute, de poulet rôti, de pommes de terre frites, de camembert, de crème au chocolat et de fruits.

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