Le vent se lève ! . . . il faut tenter de vivre !
L'air immense ouvre et referme mon livre,
La vague en poudre ose jaillir des rocs !
Envolez-vous, pages tout éblouies !

Paul Valéry

mardi 21 juin 2016

Bercé d’illusions il ne veut pas être rejeté sur la terre où personne ne l’attend

Françoise Truffaut, Vaut mieux partir, 2016, aux éditions Rue du Départ.

Un roman où la langue halète.

Marion reçoit des nouvelles de son frère Gio, marin alcoolique en quête d’errance, et elle fonce au Havre pour l’aider à trouver un logement. Elle rencontre les amis de Gio et se lance pour essayer de sauver ce grand frère, qui menace constamment de sombrer.
Le livre raconte la fuite de Gio devant la vie et devant le temps et la course de Marion pour rattraper tout le monde. La langue du roman est très particulière, puisque les paragraphes ne possèdent pas de ponctuation. Les phrases, très courtes, sont marquées uniquement par une majuscule, et miment les dialogues, le mouvement des pensées, les hésitations, les revirements. Cette présentation est déstabilisante au début de la lecture, mais finalement on s’y fait assez bien. La lecture s’effectue presque à mi voix, dans une sorte d’urgence et d’incertitude tout à fait adaptées au récit. La narration repose ainsi étroitement sur le rythme de la langue qui crée une atmosphère d’angoisse et d’instabilité.
Bien sûr, le lecteur se doute bien de ce qui va arriver et reste sans illusion, tout en étant pris par l’urgence ressentie par Marion – on aimerait toujours que les choses s’améliorent. Même si les existences sont cabossées, elles demeurent pleines d’espoir.

Van Gogh, Table de café et absinthe, 1887, Amsterdam VG museum
Irène m’avait confié qu’il avait parfois des difficultés à parler je croyais que c’était parce qu’il avait trop bu                Je comprends rien à rien        Après toutes ces années de cures à répétition je sais pourtant combien les premières gorgées apaisent ses angoisses   Je sais combien la réalité se dérobe quand les battements du cœur sont boostés par l’alcool                     Je sais que les objets se mettent à flotter dans l’air que les bateaux volent            Je sais combien l’abus d’alcool est la meilleure façon pour lui de ne plus ressentir aucune blessure oppressante le meilleur remède pour s’écrouler apaisé je sais je sais        Je n’ai rien vu venir rien j’aurais dû comprendre ça faisait longtemps qu’il souffrait.


Merci aux éditions Rue du Départ pour la lecture.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Les commentaires sont libres mais ça empêche pas chacun d'être responsable de ce qu'il/elle écrit (ou, comme le dit une amie, "Ce n'est pas une raison pour faire les cons").