La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



mercredi 13 juillet 2016

Corbeau pouffe, « Je suis là, tu me vois pas, jsuis veeeert ! »

Max Porter, La Douleur porte un costume de plumes, traduit de l’anglais par Charles Recoursé, parution originale en 2015, édité en France au Seuil.

Un livre original et poétique.

« Papa » et les deux « garçons », puisqu’ils sont appelés ainsi, viennent de perdre leur maman qui est morte brusquement. C’est un corbeau qui va les aider à sortir de leur chagrin et à les remettre sur le fil de la vie.

Dans d’autres versions, je suis docteur ou fantôme.
Parfaits stratagèmes : docteurs, fantômes et corbeaux.
Nous pouvons faire ce que les autres personnages ne peuvent pas, manger la tristesse par exemple, ou renfouir les secrets, ou mener des  batailles homériques contre le langage et Dieu. J’étais excuse, ami, deux ex machina, blague, symptôme, fiction, spectre, béquille, jouet, revenant, bâillon, psychanalyste et baby-sitter.

Le corbeau fait irruption violemment, puant, grimaçant, croassant. Il s’agite, il fait peur, il est vulgaire (car il s’exprime, au moins dans le roman), il crie, il fait le guignol, raconte des histoires qui finissent mal et semble se moquer de tout le monde. Il leur permet d’oublier la mort sans oublier la morte, de trouver un dérivatif à leur douleur, de parler, de se parler. Il ressoude la petite famille et les ramène à la vie.
Un roman peu ordinaire, vous l’avez compris. Très court, écrit dans une prose poétique étonnante. Le discours du père et des garçons est assez calme, mais celui du corbeau est digne du théâtre : cris, énumérations, onomatopées, mêlant le sordide au rire, il provoque et triture les émotions. Il met des mots sur ce qui n’en a pas, n’hésite à mêler la blague au morbide, et tire lentement tout le monde du puits de silence. (Mais il est réconfortant de penser qu’il existe peut-être une brigade de corbeaux chargés de veiller sur les douleurs des humains.)
Un livre sur le chagrin et la douleur que je relirai certainement !

A. Colville, Terrier et corbeau, 2001, collection privée.
Si vous n’avez jamais observé l’effet de grandes quantités de sucre sur des enfants humains, vous devriez. Ça les transporte et les rend fous pendant à peu près une heure, c’est à mourir de rire, et ensuite ils s’écroulent.
Ça les rapproche étrangement des renardeaux ivres de sang.

Destination PAL – la liste de lecture.

L’avis de Noukette qui en parle bien mieux que moi et de Jérôme.



2 commentaires:

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