Le vent se lève ! . . . il faut tenter de vivre !
L'air immense ouvre et referme mon livre,
La vague en poudre ose jaillir des rocs !
Envolez-vous, pages tout éblouies !

Paul Valéry

lundi 18 juillet 2016

Quand un livre m’a déçue.

George R. R. Martin, Armageddon Rag, traduit de l’américain par Jean-Pierre Pugi, parution originale 1983.

(Vous reconnaîtrez aisément le style de l’amie Marie-Neige à qui j’ai laissé le micro)

Je suis fâchée avec GRRM.
Entre La Geste de la glace et du feu qui n’avance pas, Riverdream qui m’a ennuyée sur des pages et des pages, ce n’est pas Armageddon Rag qui va nous réconcilier.

Prolégomènes :
Oui, La Geste de la glace et du feu, pas Le Trône de fer ou Game of thrones, ça, c’est le titre du premier volume de la série de livres et du feuilleton télévisuel. On ne dit pas « la communauté de l’anneau » pour parler du Seigneur des anneaux, ni du « roi de fer » pour Les Rois maudits. Sans compter que ça déplace le centre de l’intrigue sur la capitale, où se trouve ledit trône, alors que La Geste de la glace et du feu colle beaucoup mieux à la taille du monde et à la multiplicité des intrigues et des personnages. Bref !

Dois-je vous parler de la popularité de l’œuvre de Tolkien dans le mouvement de la contre culture pendant les années 60 aux USA ou on part du principe que tout le monde est déjà au courant ? Parce que c’est important pour saisir les références de cette œuvre, mais cela alourdirait considérablement un billet déjà trop long. Non ? OK, cool !

J’ai eu envie de lire Armageddon Rag après avoir vu cette émission 


C’est un peu le problème quand on n’a pas lu un livre et qu’on a utilisé le résumé de l’éditeur.

Oh, oui, il y a des délires et des cauchemars, mais je suis persuadée qu’ils sont tous induits par la consommation de drogue et d’alcool des personnages. Voilà. On m’a promis du rock et des démons, j’ai eu des souvenirs de hippies quadras, de la réflexion sur le sens de la vie, des visions sous acide, de la politique US et des regrets sur la révolution ratée des 60’s. Et ce livre a reçu des prix dans la catégorie fantastique ? Le jury avait fumé de l’herbe aussi ?

Mais est-ce que c’est un bon livre si ces sujets vous intéressent ?

Franchement, regardez plutôt Né un 4 juillet, vous perdrez moins de temps !

C’est long, mais long… Ah c’est du GRR Martin, hein ! Ça se traine d’un bout à l’autre des US dans la première partie. Road trip en solo d’un ancien journaliste devenu écrivain qui fait sa crise de la quarantaine. Il a été activiste dans les années 60 et 20 ans plus tard, sous prétexte de retrouver et interviewer les membres d’un groupe de hard rock dissout depuis 1971, il fait le tour de ses vieux copains. Vous n’échapperez à rien, celle qui est restée baba et vit toujours en communauté, celui qui a tout laissé tombé pour travailler dans la pub en costume, celui qui est devenu prof de fac, mais pas respectable et qui essaye de continuer à faire passer le message dans la tête des étudiants, mais les « jeunes-sont-trop-bêtes-nous-on-était-mieux », et l’objecteur de conscience qui a refusé de partir au Vietnam et qui a été rattrapé par la loi et sa famille et qui est toujours maltraité par son père. Je vous parle de l’ancienne copine à la sexualité libre qui est VIEILLE FILLE AVEC DES CHATS ET SANS BOULOT STABLE ?? GRRM, je te hais si fort…

Mais je me suis accrochée, je me suis dit que les démons allaient bien arriver dans la deuxième partie, bon sang ! Tout laissait croire qu’il y avait un méchant sorcier en Californie (on part de NYC) et qu’on allait y arriver.

 Non.
On y croit, mais non, zéro fantastique, pas de démon. On peut penser qu’il y a une grande méchante sorcière, sauf qu’elle n’utilise aucun démon et aucune sorcellerie. Beaucoup de sexe et de drogues ou de poisons.
Histoire de bien tirer sur l’ambulance, je vous glisse deux mots des personnages féminins. Il n’y en a pas une qui ne soit pas là pour coucher avec un personnage masculin, sauf la baba cool, mais elle est enceinte, l’autre rôle sacrée de la fâme, alors tout va bien, dormez en paix ! À la rigueur l’infirmière (méchante), mais son patient (gentil) dit à plusieurs reprises qu’il regrette d’être impuissant pour ne pas la violer. Classe ! GRRM, tu restes mon petit chouchou d’auteur qui réussit à enfumer son monde en faisant croire qu’il écrit des personnages féminins forts et intéressants, alors que tu tords juste suffisamment les codes et les clichés pour pas que ça se voit et bien laisser la dualité maman/putain en place. Bravo ! Vous savez comment ça crève les yeux dans ce livre ? Tous les personnages hommes ont un prénom, un nom et parfois un surnom ou un pseudonyme, les femmes n’ont qu’un prénom, et si un nom de famille, cité une fois.

Et pour ajouter l’outrage à l’insulte, vous aurez un FUCKING HAPPY END, où tous les anciens se retrouvent autour d’une coupe de champ’ pour fêter, enfin, un best-seller de notre auteur-journaliste raté. Où le cynique pubeux viendra jouer de la guitare après avoir démissionné de son aliénante boîte de com’, où la baba cool aura pris des vacances de sa communauté et de ses gosses pour venir s’empiffrer de cupcakes pas bio et où on se promet d’engager des avocats pour libérer le dernier de la bande de sa famille qui l’a mis sous tutelle.

Vous savez quoi ? Ça doit être le seul moment « fantasy » du livre, la communauté de l’anneau de retour à la taverne du dragon vert qui se boit une bière au son du crincrin !

8 commentaires:

  1. Ah ouais, le ton change ! Mais on reconnaît bien la personne qui tient les propos ! :)

    RépondreSupprimer
  2. Réponses
    1. C'est un peu plus rugueux que ce que l'on peut lire ailleurs !

      Supprimer
  3. malgré les conseils et incitations d'une de mes filles je reste totalement hermétique à ce type de récit donc je ne cours aucun risque :-)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'avoue que je ne m'inquiétais pas trop pour toi en effet !

      Supprimer
  4. Lu l'an dernier, chroniqué, et peu aimé, na!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est vrai que le mot "rock" a dû t'attirer toi aussi !

      Supprimer

Les commentaires sont libres mais ça empêche pas chacun d'être responsable de ce qu'il/elle écrit (ou, comme le dit une amie, "Ce n'est pas une raison pour faire les cons").