Le vent se lève ! . . . il faut tenter de vivre !
L'air immense ouvre et referme mon livre,
La vague en poudre ose jaillir des rocs !
Envolez-vous, pages tout éblouies !

Paul Valéry

vendredi 12 août 2016

J’ai tenté de capturer un fragment de forêt et c’est la forêt qui m’a capturé.

Johanna Sinisalo, Jamais avant le coucher du soleil, traduit du finnois par Anne Colin du Terrail, parution originale en 2000, édité en France chez Actes Sud.

Un roman passionnant !

Le narrateur principal, Ange, trouve un soir en bas de son immeuble un petit animal noir qu’il adopte immédiatement. Il s’agit d’un troll, un vrai (pas un gentil Moomin). Ange se plonge dans les ouvrages consacrés aux trolls (notamment pour savoir ce qu’ils mangent), car l’existence de ces animaux est bien attestée, entre les loups et les lynx – on n’est pas dans le folklore.
Le roman se construit selon une alternance de points de vue entre Ange et ses différentes relations. Il y a en effet tout un jeu de désirs entre les hommes qu’aime Ange et ceux qui l’aiment et entre une jeune femme, la voisine du dessus. L’arrivée du troll dans la ville semble exacerber tous ces désirs mal contrôlés alors même que le jeune homme ne s’intéresse bientôt plus qu’à ce merveilleux petit animal.
Plus perturbant pour le lecteur, la narration est entrecoupée par des extraits des différents ouvrages que lit Ange. Certains des titres existent (je les ai dans ma bibliothèque), d’autres… je ne sais pas. Mais les citations sont-elles vraies ou non ? Comme dans les abeilles, Sinisalo intercale les différents discours et brouillent les pistes. L’existence du troll n’est jamais mise en doute, même si l’animal est mal connu, et le roman ne prend donc jamais le ton de la science-fiction.
T. Kittelsen, Le Troll des forêts, 1906, Wiki-image.
L’auteur se moque un peu de la mode actuelle pour le soi-disant sauvage, alors que la réalité des animaux si proches des villes semble terrifier tout le monde. De même, les écolos bisounours semblent loin des réalités, n’exprimant qu’une nouvelle incompréhension pour le monde sauvage. La proximité des carnassiers avec les êtres humains est soulignée à plusieurs reprises et campe peu à peu un climat de plus en plus sombre et effrayant.
C’est un roman très prenant, rendant hommage à la douceur de la fourrure du petit troll, à ses yeux qui brillent dans la nuit, à ses griffes terribles et à son instinct que rien n’arrête.
Les rares fois où il remue, c’est un insaisissable vif-argent. Il semble défier la pesanteur, sa force musculaire est vertigineuse par rapport à sa taille. Il a des gestes d’huile, de soie.
Ses yeux brûlent tels des incendies de forêt dans la nuit.

Merci Marie-Neige pour cette lecture. Suomi. Des femmes écrivains. Lire le monde pour la Finlande.

Sans doute le roman que j’ai préféré de cette auteur, mais je vous conseille aussi Oiseau de malheur
et Le Sang des fleurs.

4 commentaires:

  1. Lu il y a longtemps, mais je me souviens d'un certain sentiment de loufoquerie et d'étrangeté. Un scène de cochon d'Inde également... Un roman a été récemment traduit en français qui semble aussi proche de la SF : je le lirai.

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    1. Tout le monde n'a en effet pas la même lecture du roman et c'est vrai que certains passages sont très bizarres. Un nouveau roman vient effectivement d'être traduit juste avant l'été.

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  2. Alors là je suis intriguée, ce livre à l'air vraiment d'être un ovni.

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    1. Ah oui, c'est très bizarre, on ne sait jamais où ça va atterrir.

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