Le vent se lève ! . . . il faut tenter de vivre !
L'air immense ouvre et referme mon livre,
La vague en poudre ose jaillir des rocs !
Envolez-vous, pages tout éblouies !

Paul Valéry

vendredi 23 décembre 2016

Car la poésie ne fait rien arriver : elle survit.

W. H. Auden, « À la mémoire de W. B. Yeats. Mort en janvier 1939 », 1939, dans Poésies choisies, traduit de l’anglais par Jean Lambert.

Il disparut en plein cœur de l’hiver :
Les ruisseaux étaient gelés, les aérodromes presque vides
Et la neige défigurait les statues municipales ;
Le mercure tomba dans la bouche du jour mourant.
Les instruments dont nous disposons conviennent
Que le jour de sa mort fut un jour sombre et froid.

Loin de sa maladie
Les loups couraient toujours au milieu des sapins,
La rivière rustique dédaignait les quais élégants,
Les langues affligées
Cachèrent la mort du poète à ses poèmes.

Mais pour lui, ce fut le dernier après-midi où il était lui-même,
Un après-midi d’infirmières et de rumeurs ;
Les provinces de son corps se révoltaient,
Les places de son esprit étaient vides,
Le silence envahit les faubourgs,
Le courant de ses sensations fut coupé ; il devint ses admirateurs.





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