La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



mercredi 10 mai 2017

Enfant, le grenier de ma grand-mère me terrorisait.

 Matthias Lehmann, La Favorite, 2015.


L’héroïne est une petite fille, Constance, aux longs cheveux, qui vit recluse avec ses grands-parents qui la maltraitent dans une grande maison en Normandie. Au début, le lecteur imagine que l’on se situe dans l’entre-deux-guerres, avant de comprendre que… Et de même, bien des évidences sont en réalité des mensonges.
C’est un album au ton très particulier. Constance n’est pas une adorable petite fille ou une victime parfaitement innocente. Elle joue, elle imagine des bêtises, elle rêve d’évasion. Elle s’invente un monde à partir de ses lectures, les rêveries prenant la forme des gravures ou des photographies des livres. Et si… et si… C’est un aspect très réussi, car il rend très bien, je trouve, la façon dont un enfant peut s’échapper de la réalité en utilisant tous les supports à sa disposition (les romans, l’actualité, les images) pour se raconter des histoires où tout finit comme il le souhaite.


Au chapitre des révélations sur la réalité des faits, je suis plus partagée. D’une part, je trouve assez habile de nous laisser entendre que c’est le lecteur qui est abusé alors que Constance, elle, sait en partie de quoi il retourne. Je trouve ça assez malin. De façon générale, l’auteur ne semble pas intéressé par cette supposée intrigue ou son dénouement (il y a un grand récit rétrospectif qui me paraît plat), mais par la façon dont l’héroïne affronte tout cela avec un apparent détachement. C’est un parti pris qui se comprend mais me laisse un peu sur ma faim. L’accent est mis sur Constance, tour à tour victime, féroce, blagueuse, pleine d’espoir et de désir de vengeance, complètement perturbée par l’environnement où elle vit.
Et le graphisme est très réussi. Des lignes noires et blanches comme des gravures, qui mettent en scène l’histoire principale, mais aussi les rêves et les souvenirs, d’une même façon tout à la fois schématique et fantastique.
C’est un album très intense qui demande de la concentration.


L’avis de Jérôme.



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Les commentaires sont libres mais ça empêche pas chacun d'être responsable de ce qu'il/elle écrit (ou, comme le dit une amie, "Ce n'est pas une raison pour faire les cons").