La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



vendredi 23 juin 2017

Il n’y a que le vent et le silence.

Jorge González, Chère Patagonie, aidé pour le scénario par Alejandro Aguado, Hernán González et Horacio Altuna, parution originale 2011 sans doute en Espagne, édité en France par un éditeur qui ne précise pas le nom du traducteur (Thomas Dassance) ni le nom de la personne qui a fait le lettrage (Philippe Glogowski) et d’ailleurs on pourrait croire que c’est un livre français – donc on ne dira pas le nom de cet éditeur trop nul. Renseignements donnés par le site ActuaBD.

Une plongée dans la Patagonie.
Voilà un étrange album qui raconte l’histoire de la Patagonie au long cours. Une série de chapitre met en avant quelques personnages sur une durée d’un siècle : un homme payé pour tuer les indigènes, un commerçant allemand installé au fond de nulle part, puis son fils, un immigré allemand, les arrière-petits-enfants d’un cacique indien… Le récit est linéaire, mais pas continu. Nous sautons les années pour découvrir un panorama sur la longue durée.
Alors, je commence par le bémol : pour un lecteur non familier de l’histoire argentine, c’est un peu ardu. Un récapépète à la fin permet de guider un peu, mais sinon il faut accepter : 1. De se perdre. 2. De lire deux fois l’album pour prendre ses marques.

Et sinon ? C’est superbe. Un fil principal est constitué par la destruction des Indiens : les terres accaparées, les individus tués ou exposés dans des zoos humains, leur disparition, la reconquête de leur culture et de leur mémoire par le mouvement Mapuche (on croise l’entreprise Benetton qui s’est emparée de milliers d’hectares). J’avais croisé les étonnants indiens Selk’nam et Onas lors d’une exposition de photographies à Arles. Leurs peintures les rendent si méconnaissables.
Il est aussi question de ces migrants venus de toute l’Europe et des États-Unis, des réfugiés nazis, de la dictature argentine et des grèves d’ouvriers réprimées dans le sang. Mais tout cela est très, très, très poétique.

Les dessins sont pleins de rêves, flous, fragiles, pleins de vents et de brouillards. Les personnages apparaissent comme des fantômes dans un paysage tout juste entre aperçu. Un camaïeu de gris emplit l’album, avec quelques touches de couleurs. Les dialogues sont rares. La Patagonie apparaît comme une terre mystérieuse, une zone indéfinie, une terre de conquête, présentée comme « vide » dans l’histoire argentine, y faisant fi de toute l’histoire non blanche et non occidentale. C’est envoûtant.

Au fil des générations on boit toujours autant le maté.










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