La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



vendredi 24 novembre 2017

Nous mîmes dans l’île un feu à allumer bûcher brûlant et le corps d’un ours.

Saga d’Oddr aux Flèches, traduit de l’islandais ancien par Régis Boyer, composée aux XIIIe-XIVe siècles, publié en France par Anacharsis.

Très distrayant.
C’est un peu un roman de grosses brutes qui n’aiment rien tant que de se foutre sur la tronche. Oddr n’obéit à personne, tente de déjouer les prévisions d’une sorcière, possède flèches et tunique magique. Il aime se battre et quand il est roi quelque part, il reprend bien vite la mer. Il se bat contre des hommes, mais aussi beaucoup contre des géants et des trolls et des créatures un peu entre les deux. Il explore les rivages de la mer Baltique, va chez les Sames, les Irlandais, les Anglais, les Russes, en Aquitaine ( ?) et jusque dans l’empire Byzantin. Bref, on voit du pays.
Bien sûr, ce genre de texte est dépaysant, d’abord pour ce qui est raconté. En voilà un autre monde ! Les saumons et les dragons sont chassés à la hache, les trolls au gourdin, on s’embarque, on se bat, on se meurt et les légendes courent sur les héros. C’est d’une simplicité et d’une nudité tout à fait réjouissante.
Détail d'un panneau montrant Saint-Michel tuant le dragon, Espagne, XVe siècle,  Met.

Mais le plaisir de lecture est multiplié grâce aux notes de Régis Boyer. Ce grand connaisseur du monde nordique, traducteur des sagas islandaises et d'Andersen, mort au cours de l’été 2017, ne se contente pas de précisions linguistiques. Le voilà qui nous signale les pièges tendus par la mythologie romantique sur les vikings et les drakkars, qui traque les interprétations chrétiennes ajoutées au récit ancien et qui nous met en garde contre cette langue si sobre, trop sobre, où « courir assez rapidement » signifie s’enfuir à toute vitesse. Repose en paix Régis.

Les flèches étaient empennées d’or et elles volaient d’elles-mêmes de la corde de l’arc et revenaient, de sorte qu’il n’était pas besoin d’aller les rechercher. « Ces flèches, Ketille le Saumon les a prises à Gusirr, roi des Sâmes. Elles mordent tout ce qui leur est assigné car elles ont été faites par des nains.»

Merci Marie-Neige pour la lecture !



5 commentaires:

  1. L'incontournable Régis Boyer quand il s'agit de culture nordique ! Je ne savais pas qu'il était mort cet été.
    J'ai déjà essayé de lire une saga mais l'abondance de notes a fini par me lasser. Il semble que ce ne soit pas le cas ici !

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    1. Au contraire, je trouve que ce sont pas des textes faciles à lire (ou alors on n'y comprend pas grand-chose) et les notes viennent soutenir le lecteur.

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    2. De toutes façons, je n'ai pas dit mon dernier mot J'y reviendrai !

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  2. La lecture des saga me tente depuis longtemps... en tout cas à chaque approche de Noël où je songe à me les faire offrir. ;-)

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