La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



lundi 30 juillet 2018

Je ne m’habitude jamais à rien. Ceux qui s’habituent pourraient aussi bien mourir.

Truman Capote, Petit déjeuner chez Tiffany, traduit de l’américain par Germaine Beaumont, parution originale 1958.

Vous avez vu le film ? Et bien c’est très différent.
Le narrateur s’entretient avec un barman d’une certaine Holly Golightly, qu’ils ont connue jadis et qui se trouverait peut-être en Afrique. Alors il plonge dans ses souvenirs… Au temps où il était écrivain fauché à New York et qu’il vivait dans une vielle maison. Sa voisine du dessous était cette Holly, immenses yeux, grandes lunettes noires, toujours chic, une femme libre, imprévisible, un peu enfant, en proie au cafard. Le narrateur raconte cette période où ils ont été amis, la façon dont elle jouait de la guitare, ses fêtes, les hommes qui tournent autour d’elle, ses conversations, son passé, l’apparition brusque d’un mari. Et puis, elle s’évanouit un jour de pluie.

Je veux être encore moi-même quand je m’éveillerai un beau matin pour prendre mon petit déjeuner chez Tiffany.

Au début, j’avais les images du film et de l’inoubliable Audrey Hepburn un peu trop dans la tête. Bien sûr, ça ne colle pas vraiment. Le film est beaucoup plus léger et amusant, alors que le roman est peu à peu contaminé par une immense mélancolie et une véritable une tristesse. Les amis trahissent, les femmes libres disparaissent, le narrateur vieillit. Les souvenirs ont un goût amer. Pourtant, nous avons là un beau portrait de Manhattan et surtout un beau portrait de femme. Holly est libre, n’obéit pas aux conventions, mais elle est élégante et elle-même en toute circonstance. Sincère, de cette sincérité qui désarçonne tout le monde. Est-ce elle qui s’échappe ou le monde qui s’effiloche en lambeaux à côté d’elle, qui est si vraie ? On ne sait pas trop. Tout file si vite. 
C’est écrit comme un portrait, plein de vie et de réalité. Il s’agit en réalité d’une longue nouvelle, comme Capote en a composé tant. Le volume contient également le portrait d’une prostituée de Haïti et surtout un très beau conte de Noël. Après sa lecture, on ne confectionnera plus de cake aux fruits de la même manière !
 
Atelier Tiffany, Vitrail, Vue sur une baie, 1908 Met.
Dès qu’elle vit la lettre, elle loucha et ses lèvres se tordirent en un dur petit sourire qui la vieillit terriblement. « Chéri, me dit-elle, peux-tu atteindre le tiroir là-bas, et me donner mon sac ? Une fille bien ne lit pas ce genre de lettres sans se mettre du rouge aux lèvres.

J’ai aussi lu récemment Musique pour caméléons, un autre recueil de nouvelles publié en 1980. Certaines nouvelles prennent place dans le sud des États-Unis, le lieu de l’enfance de l’auteur, d’autres dans les Caraïbes, d’autres à New York (celle avec Marilyn Monroe est très réussie). Plusieurs récits ont pour cadre des prisons ou des enquêtes policières, qu’il s’agisse de fiction ou de réalité. Capote a étudié très sérieusement le milieu carcéral et pas seulement pour De sang-froid.L’ensemble montre à la fois une capacité à tenir un récit et à camper des personnages, avec un vrai sens des dialogues.



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