La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



vendredi 4 octobre 2019

Cette obsession du chiffre est fascinante.

Jacques-Olivier Boudon, Le Plancher de Joachim, parution en 2017.

Un grand succès des livres d’histoire qui me laisse franchement sur ma faim.
Au départ : à l’occasion de travaux de réfection d’un plancher dans un château d’un village des Hautes-Alpes, on a découvert des inscriptions laissées par le précédent menuisier. Joachim Martin a écrit là ses pensées, vers 1880, sur des planches de bois, dont il savait qu’elles ne seraient lues qu’à l’occasion de travaux de rénovation, c’est-à-dire bien après sa mort. Un témoignage exceptionnel, parce que les historiens manquent toujours de traces laissées par les petites gens.

Il a surtout une claire conscience du temps qui passe, de celui qui s’est écoulé depuis qu’il a commencé son activité de menuisier, de celui qui s’étendra avant que l’on ne découvre les messages qu’il a dissimulés sous les parquets du château de Picomtal.

L’historien Boudon se saisit donc du dossier. J’ai envie de dire que c’est là où le bât blesse. Le point de départ est effet palpitant. Un simple menuisier d’un petit village qui s’exprime sur sa famille, ses voisins, sa municipalité, les prix des denrées alimentaires, sur le curé, etc. Il y a moyen de plonger dans une mentalité disparue. Et je suis tout à fait du genre à lire avec passion un bail pour fermage de la IIIe République (j’ai des témoins) ou à traquer les prénoms protestants dans un vieil acte notarié en lambeaux. Toutefois, en l’occurrence, Boudon ne fait pas du tout honneur à la rareté d’un tel témoignage. Il égrène les généalogies de tout le village, les litanies des noms des maires et différentes données au point que les écrits de Joachim semblent constituer une source secondaire, au lieu d’être les héros de l’ouvrage. Bien sûr, il faut recouper les sources, mais construire une narration intéressante me semble également important.
C’est bien dommage, car Joachim nous parle de choses qui n’apparaissent pas dans les archives habituelles : des infanticides, des couples adultères, le comportement du curé, les croyances religieuses, les problèmes de santé… Beaucoup de choses qui ne sont pas exploitées par l’auteur. La bonne nouvelle est que le travail reste à mener par un autre historien, qui serait beaucoup moins plan-plan. Au boulot !
Une lecture qui fait écho à celle des Mains vides de Maria Borrély. 

Le témoignage de Joachim sous les planches est indirect ; il retranscrit les propos qu’aurait entendus sa femme au confessionnal :
"D’abord je lui trouve un grand défaut de trop s’occuper des ménages, de la manière que l’on baise sa femme. Combien de fois par mois, si on la saute, si on fait levrette, si on l’encule, enfin je ne sais combien de choses qu’il a demandées et défendu à toutes les femmes du quartier. De quel droit misérable. Qu’on le pende ce cochon. Mr n’a pu le croire !"
Martin traduit en termes crus les questions posées par le confesseur afin de s’assurer que ses paroissiennes n’ont pas laissé se commettre le crime d’Onan, tout moyen employé pour éviter la procréation étant traqué par le clergé. La forme de ce questionnaire varie d’un prêtre à l’autre, mais il est bel et bien inscrit dans les traités de théologie morale.

L’avis de Jo Peccadille qui explique mieux que moi ce dont il s’agit. 
A. D. Gautier, La Repasseuse, 1899, Caen BA.


6 commentaires:

  1. je n'ai pas accroché à ce livre qui aurait pu être très réussi mais qui pêche par un commentaire en continu qui aurait donné du poids au texte

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    1. Oui il aurait fallu s'appuyer davantage sur le texte du menuisier, alors que là l'auteur a l'air de dérouler son bla-bla sans trop s'en préoccuper. Et ce n'est pas bien écrit.

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  2. Bien dommage car le sujet de départ est passionnant.

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  3. ah! une déception? Il me disait bien....

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    1. Moi aussi. Je l'avais repéré depuis sa sortie en grand format et grosse déception.

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