La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



mercredi 6 novembre 2019

Ce qui est tricoté est tricoté, même si c’est mal tricoté.

Michel Tremblay, Le premier quartier de la Lune, parution originale 1989, édité en France chez Actes Sud.

Retour aux Chroniques du Plateau-Mont Royal. Alors que les deux derniers volumes lus s’intéressaient principalement à Édouard, ce gros homosexuel, fan de théâtre et de déguisement, les héros du présent volume sont deux petits enfants : Marcel, ce garçon un peu simple qui fait des crises, et son cousin, le fils de la grosse femme (puisqu’elle n’a pas de nom). Nous les suivons le temps d’une journée, celle des examens à l’école, celle de l’été.

Il sortit de la maison au moment précis où l’été commençait. Un frémissement dans les arbres, une syncope, un soupir qui monte au cœur de la rue Fabre, une hésitation à l’intérieur même du temps, comme si la nature attendait d’être bien certaine que les beaux jours sont vraiment là, qu’il n’y aura plus ni soubresauts ni hésitations, avant de poursuivre sa course ; puis un silence court et violent, plus qu’une absence de son, un trou.

En quelques heures, ces deux garçons passeront par toutes les étapes du bonheur et du drame – ils grandiront. Le fils de la grosse femme passe ses examens, se fâche avec ses amis, se découvre conteur (ou menteur) et règle ses comptes avec ce cousin encombrant, qu’il aime pourtant. Marcel, qui parle depuis sa toute petite enfance à un chat mort, Duplessis, et à des femmes que personne ne voit, découvre qu’il devra pour le reste de son existence se passer de ces amis. Autour d’eux, leurs deux mères, les voisines, les camarades d’école, les frères (en 1952 l’école est catholique), tout un monde.
Une place importante est accordée à la mère de Marcel, malheureuse, envieuse, colérique, folle de rage et de douleur et de ressentiment contre le monde entier.
Comme à chaque volume, ce fut un grand plaisir de lecture. J’ai eu plaisir à quitter les affres d’Édouard pour retrouver ces enfants et leur monde à la fois très prosaïque et quotidien et tout à fait magique. Ce volume ramène irrésistiblement au premier de la série, La grosse femme d’à côté est enceinte, puisque nous sommes 10 ans après ! Tous les personnages qui étaient passés au second plan dans les derniers volumes sont revenus : le chat Duplessis, les voisines invisibles, les commerçants, avec 10 ans de plus. Du coup, j’ai relu La grosse femme, dont le souvenir était un peu lointain (billet après-demain).
Il ne m’en reste plus qu’un et j’aurai fini cette série !
M. Scott, L'escalier, 1940, Montréal BA

Quand un être humain dort, c’est le seul moment oùsque y’est vraiment tu-seul, ça fait qu’y faut pas le déranger. C’est là qu’y répare toute c’qui va mal dans sa vie.

Les précédents billets sur la série : Chroniques du Plateau Mont-Royal : La grosse femme d'à côté est enceinte ; Thérèse et Pierrette à l'école des Saints-Anges ; La duchesse et le roturier ; Des nouvelles d'Édouard

Québec en novembre (ou l’inverse). Lire au Québec.



10 commentaires:

  1. Il faudrait que je revienne à cet auteur lu autrefois mais un peu oublié

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    1. Je te conseille très vivement Un ange cornu avec des ailes de tôle, que j'ai abondamment offert et prêté, et qui est très très bien.

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  2. Haaaaaa :-) Fait plaisir de te voir parler d'un auteur (grand) bien de chez nous ! Merci.

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    1. En novembre, plein de blogs littéraires parlent d'auteurs québécois !

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  3. J'aime beaucoup cet auteur découvert avec un immense plaisir l'an dernier.

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    1. Il produit beaucoup et je n'aime pas tout de la même façon, mais cette série me plaît infiniment !

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  4. Je suis TELLEMENT due pour finir ma relecture de la série. Tellement.

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  5. Hé mais je m'aperçois que je l'ai pas lu celui-là!!! Youpi!

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    1. Mais il faut continuer la série enfin !

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