La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



jeudi 14 novembre 2019

La vie, ce n’est rien de plus que le souffle du bison qui fait un petit brouillard éphémère dans la froide rosée du matin.

Serge Bouchard, Confessions animales. Bestiaire, parution originale en 2006 aux éditions du Passage.

Quelques dizaines d’animaux canadiens prennent la parole, chacun en quelques pages. Ils se présentent, ils parlent d’eux, de leur histoire, de leur rapport aux êtres humains (rarement harmonieux, il faut bien l’avouer). Il y a en effet en arrière-plan l’histoire de la longue cohabitation entre nature et Amérindiens, suivie du saccage rapide consécutif à l’arrivée des Européens, même si les animaux ont plus d’humour que cela et ont quelques bons tours à nous raconter.
C’est un livre qui ne se lit pas d’une traite, car il est très répétitif, par son principe même. Ce sont des petites chroniques. Personnellement, je l’ai lu dans les transports en commun et il m’a permis de sortir du bus et du métro pour me plonger dans les grandes forêts, les lacs et les océans du Canada, comme une bouffée d’oxygène.
Je ne comprends pas, il manque le moustique.
Écureuil de Colombie-Britannique.

L’ours
L’avouerai-je ? Je pue comme cent mouffettes en panique, comme mille putois en fuite. Cette affaire, gênante en apparence, est peu connue des humains qui ne m’approchent plus guère. Je le répète, j’existe surtout dans vos imaginaires. Mais j’ai une vie, et dans cette vie, mon odeur qui fait les fougères se faner est pour le moins extraordinaire. Encore une fois, je suis entier. Cependant tous les goûts sont dans la nature. J’aime assez mes effluves et fragrances. À mon approche, les mouches comme les abeilles abandonnent leurs petites méchancetés. Et si d’aventure une se risque dans mon poil, elle meurt au bout d’un temps, étouffée par la chaleur, l’odeur, la noirceur.

La perdrix
Je suis la petite chasse, la fricassée de tous les jours, la dernière prise des vieilles et le premier trophée des enfants. Avec le lièvre et le poisson, j’ai assuré la subsistance de toutes ces bonnes gens qui vivaient dans le bois. Humblement dit, je suis le bouillon de la dernière chance. Je sais bien que le grand chasseur parle de caribous, d’ours et de gibiers remarquables. Plus l’animal est gros, plus le tueur est un héros. Personne ne part en safari pour tuer la perdrix.





7 commentaires:

  1. ce genre de livre fleurit en ce moment, j'aime mais j'ai un rien peur de me lasser à force

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    1. Cela convient mieux en chronique en journal qu'en livre ou alors à lire par ci par là, car oui, on se lasse.

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  2. Voici une petite balado diffusion avec grosse voix de Serge Bouchard et l'histoire de l'ours https://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/recit?depuisRecherche=true

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    1. Ah voilà, en chronique radio ou journaux, ça doit être bien mieux ! Merci, je vais écouter ça.

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  3. Lassant ? répétitif ? Pourtant les extraits sont bons !

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    1. Oui mais la structure est répétitive. X autoportraits d'animaux, avec un ton assez proche. C'est pour ça qu'il vaut mieux picorer !

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