La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



jeudi 28 mai 2020

Quand j’étais mortel, il y a si longtemps de ça, là où le temps existe encore.

Javier Marías, Mauvaise nature, recueil de nouvelles, traduit de l’espagnol par Anne-Marie Geninet, Alain Keruzoré, Charlotte Lemoine et Jean-Marie Saint-Lu, publication originale de 1991 à 2012, édité en France par Gallimard.

Un auteur repéré de ci, de là (chez Keisha donc) et j’ai eu le plaisir de trouver ce recueil de nouvelles il y a quelques mois. Un régal.
Comment vous présenter l’inspiration ? Des nouvelles réalistes, mais flirtant avec le malaise, le sinistre, le légèrement fantastique, l’incompréhensible et le non-dit (un petit poil de Maupassant, non ?).

Viana pinça les lèvres et passa une main sur son crâne, comme s’il lissait ses cheveux absents, un geste ancien. Il était pensif. Je le laissai penser, mais il s’éternisait. Je le laissai penser. Enfin il reprit la parole, sans répondre à ma question cependant, il en était encore à la précédente.

Il y a un lycée anglais de Madrid qui a son petit fantôme à soi et des histoires racontées par des morts. Il y a d’ailleurs une anglomanie. 
Le thème du double est aussi très présent. Un homme rentre de la guerre, mais découvre qu’il vit déjà avec son épouse. Un homme rencontre son double et essaie de s’en détacher. Un couple observe un autre couple. Deux hommes se racontent des choses inavouables pendant que leurs épouses dorment. Des hommes qui racontent le meurtre qu’ils sont sur le point de commettre.
Cela raconte la complication de la psyché humaine, avec ses allers et retours, ses contradictions, un homme qui a épouvantablement besoin de celui qu’il déteste, un homme qui parle de son meilleur ami alors qu’ils n’avaient pas l’air si amis que cela, des relations amicales qui se ressemblent.
Pignon-Ernest, Grenoble 1976.
C’est un univers un peu inquiétant (il y a là quelque chose du K.) où les policiers et les administrations ont un peu trop de liberté, où la population sait qu’elle ne doit pas dire tout ce qu’elle pense, où on accepte des décisions un peu trop arbitraires. Une petite ambiance post-franquisme.
Les hommes sont habillés d’une façon un peu désuète ou clinquante, avec des bottines ou des cravates colorées. On fait preuve d’une vraie ou fausse érudition.
Et tout n’est pas dit au lecteur.
Il y a aussi une histoire avec Elvis Presley !

Je l’ai vu deux fois en personne, et la première fut à la fois la plus joyeuse et la plus malheureuse, mais rétrospectivement quant à ce second point, c’est-à-dire, mais pas alors, donc, en fait, je ne devrais pas dire ça.

C’est avec cet auteur que je clos mes participations au mois de mai espagnol de Sharon, mais je compte bien lire ses romans !
Billet paru par erreur il y a quelques jours... navrée Keisha, il faut que tu recommences ton commentaire enthousiaste !

6 commentaires:

  1. Merci beaucoup pour ta participation : je suis contente que le mois espagnol permette de faire de belles découvertes.

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    1. J'avais repéré cet auteur depuis un moment, c'était donc l'occasion !

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  2. Je ne me souviens plus de mon commentaire, enthousiaste c'est sûr/
    Depuis j'ai présenté u n roman, donc on est raccord.
    Continue avec les romans, de m on côté je dois lire ses nouvelles. ^_^

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    1. Compte sur moi, je vais préparer mon stock.

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  3. Vous vous êtes passé le mot, avec Keisha ?! En tous cas, à vous deux, vous me faites regretter de ne pas (encore) avoir de titres de cet auteur à portée de main. Et en plus, tu le compares au K., c'est exactement ce qu'il fallait écrire pour me convaincre !

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    1. Je pense que tu aimeras, c'est un écrivain qui gagne à être connu.

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