La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



jeudi 14 avril 2022

Tôt ou tard, d’une manière ou d’une autre, on tente le coup.

 Herta Müller, La Convocation, traduit de l’allemand par Claire de Oliveira, publication originale 1997, édité en France par Métaillié.

 

Un livre très déstabilisant (y compris à la relecture).

La narratrice, une jeune femme, prend le tramway pour se rendre à une convocation. Mystérieuse convocation pour le lecteur qui comprend très graduellement de quoi il s’agit. On est en dictature communiste n’est-ce pas et le mystérieux Albu est membre de l’un des services de sécurité. Le roman dure la durée du trajet, durée consacrée aux souvenirs d’enfance, à l’évocation de la vie avec Paul, aux amis, aux relations.


Si la nuit enlève à chacun sa cuite, à l’aube, elle doit être pleine comme un œuf. Il y a tant de gens qui boivent dans cette ville.


Müller nous campe un monde étrange, où les objets semblent mieux hantés, hantés par les pensées des humains qui les manipulent, ce qui donne une sourde atmosphère fantastique à un quotidien qui se révèle en réalité surtout instable et incertain. J’aime bien la phrase de Wikipedia : « L'auteur met ainsi en exergue un monde apparemment banal mais totalement détraqué et menaçant où seul l'absurde tient lieu d’explication. »

Les individus semblent rester étrangers les uns aux autres et tous ont un pan de vie cachée. Les relations entre les hommes et les femmes sont particulièrement difficiles. Dans ce contexte, où tout n’est pas raconté clairement, mais seulement sous-entendu (par exemple ce n’est qu’après coup que l’on comprend pourquoi la narratrice a une brosse à dents dans son sac à main : parce qu’elle n’est pas certaine de revenir de sa convocation), où chacun craint d’être espionné ou repère des espions qui n’en sont peut-être pas, où l’angoisse et le stress ont perverti toutes les relations et où personne ne paraît très sympathique, difficile pour le lecteur de se repérer ou de comprendre. La réalité nous file sous les doigts. C’est une manière de camper le monde de la dictature.


Pourquoi l’amour commence par être griffeur comme un chat pour disparaître au fil du temps comme une souris dévorée, ça, c’est un mystère, c’est est un.


Une affiche de sécurité professionnelle.

Je note dans les souvenirs, la présence des camps où les grands-parents ont été internés.

Il y a quand même le bonheur avec Paul, même si c’est un bonheur fragile, et le rêve d’une Italie inaccessible. 

Un roman qui raconte le malaise d’une société sans solidarité ni confiance possible.


Ils regardent à l’extérieur et, comme tous les autres, éprouvent jusqu’au bout des ongles le besoin d’un ailleurs. Sans être forcément dans une situation difficile, on pense quand même : ce qui se passe ici ne peut pas être ma vie pour toujours. Comme Lilli et moi, les enfants de jugent savent que le ciel, sans s’arrêter aux soldats de la frontière, continue vers l’Italie ou le Canada, où l’on est mieux qu’ici.

 

C’est une relecture. Je compte relire et/ou lire d'autres titres. Une lecture initiée par Passage à l'Est.


Herta Müller sur le blog :

La Convocation : mon premier billet est très différent de celui-ci et me plaît bien également. J'y donne le début du roman.
La Bascule du souffle
Le Renard était déjà le chasseur

Une autrice.





10 commentaires:

  1. Jamais lu l'auteure, ce n'est pas faute 'en avoir eu le projet... J'aime bien l'affiche, je suppose qu'il y a un rapport avec le voyage en train?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Non c'est plutôt l'idée d'être sur ses gardes, de ne pas trop compter sur les autres ou la chance.

      Supprimer
  2. j'ai du mal avec Herta Müller, et ce n'est pas faute d'avoir essayé mais je n'accroche vraiment pas

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Elle est difficile à lire, c'est pour ça que je veux relire les romans pour mieux les appréhender. Et puis je lirai d'autres titres ensuite.

      Supprimer
  3. j'ai préféré la Bascule du souffle à celui là mais c'est vraiment une auteure que j'apprécie

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Il faut que je relise la Bascule parce que je ne sais plus du tout de quoi ça parle !

      Supprimer
  4. Je n'ai pas lu celui-ci, mais je me souviens d'une précédente lecture ( le renard était déjà le chasseur ), le sentiment de malaise. Je vais lire-présenter bientôt La bascule du souffle ( le rendez-vous avec Passage à l'Est s'est décalé ), je reviendrai vers ton billet ensuite.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je dois relire Le Renard et La Bascule également, car mes premières lectures sont lointaines et c'est une autrice pas évidente à appréhender.

      Supprimer
  5. Ah oui, Passage à l'Est, Herta Müller, les Nobel, mi-avril et tout ça. Ca me dit quelque chose, je crois (?).
    Serait-il possible que j'aie mangé la consigne?
    Je suis en train de lire le livre d'entretiens "Tous les chats sautent à leur façon", elle y parle aussi du fameux dentifrice.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J’ai deux autres titres que je veux relire donc on peut organiser une seconde session.

      Supprimer

Les commentaires sont "modérés" en espérant ne plus avoir droit à compter les escaliers et les feux rouges (Blogspot enquiquine le monde). Si le compte Google ne marche pas, vous pouvez juste indiquer votre prénom (et croisez les doigts). Merci !