La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



mardi 27 août 2024

De retour

 

La version 1 :

  • Nathalie, où pars-tu en vacances ?
  • Oh, comme d’habitude, en Angleterre et en Normandie.


La version 2 :

  • Nathalie, où pars-tu en vacances ?
  • À YorkPetit silence. Dans le YorkshirePetit silence. C’est au nord de Londres. Ah oui.


Alors voilà.

Le 9 août, je me suis embarquée dans les trains et une douzaine d’heures plus tard, j’arrivais à York. Une belle ville du Nord, où je suis restée 10 jours, à me balader et à visiter. Il a fait beau, mais pas trop chaud, et j’ai pu marcher, marcher… J’ai vu des tas de moutons. Une vraie belle ville où rester et où je retournerai sans doute pour randonner davantage, un peu plus dans la lande (et non, chers fans hystériques, je ne suis pas allée chez les Brontë).

Ensuite, j’ai entrepris une longue descente, en train et en bateau, jusqu’à Dieppe, où je me suis posée quelques jours, au bord de la mer. Je vous ai déjà parlé de Dieppe, un port balnéaire très sympathique.

Et puis, passage par chez maman et nouvelle descente vers le sud, cette fois jusqu’à Marseille, jusqu’à la maison. Ouf. Me voici chez moi.

C'étaient de grandes et belles vacances, qui totalisent 18 bus et 20 trains.

Encore quelques jours pour trier les photos (et pour prendre le temps de visiter vos blogs) et je vous emmène là-bas.

La très belle gare de York.


 

En attendant, je vous signale ces quatre podcasts à écouter sur l’histoire du roman. Il y a des choses qui vous plairont et d’autres qui vous agaceront, ce sera très bien pour vous lancer dans la rentrée littéraire.

 


mardi 20 août 2024

Fin de la ligne. Effleurements. Où est-il passé ?

 


Seamus Heaney, « Lancer, ramener » La Lucarne, 1991, traduit de l’irlandais par Patrick Hersant.

 

En ce temps-là, chaque rive avait son petit bruit :

 

Sur la rive gauche, un lancer effilé de soie verte

Chuchotait dans les airs, disant silence

Et sève, libre absolument, sifflement

Par-dessus les foins ou sur la rivière.

 

Sur la rive droite, comme une grive en vol,

Un cliquetis sec sans cesse tranchait

Le silence car un autre

Pêcheur ramenait son fil interminable.

 

Je suis là-bas encore, rêveur éveillé,

J’ai grandi mais je les vois tous deux

Lever bras et cannes, en plein travail,

Chacun d’eux absorbé, enveloppé par les sons produits.

 

L’un de ces sons dit : « Tu ne vaux pas un clou,

Mais personne ne vaut rien. Allons ! Sois rigoureux. »

Et l’autre dit : « Vas-y ! Donne du mou, tire un coup sec.

Tu es ce que tu sens au bord de la rivière. »

 

J’aimais l’air apaisé. Je crois à ce qui s’oppose.

Les années passent et je demeure :

Un homme lance sa ligne, l’autre la ramène,

Et puis vice versa, sans changer de côté.



Retour dans quelques jours...


mardi 13 août 2024

Vers les landes, où la linotte trillait son chant.

 


Emily Brontë, Cahiers de poèmes, traduit de l’anglais par Claire Malroux édité chez José Corti.


Cahier EJB, n°2, 1838.

 

Pour un instant, pour un instant,

La foule bruyante est écartée ;

Je peux chanter, je peux sourire – 

Pour un instant j’ai congé !

 

Où iras-tu, mon cœur harassé ?

Plus d’un pays à cette heure t’invite ;

Et des lieux proches, ou plus lointains

Ô front las, t’offrent le repos.

 

Il est un coin parmi d’âpres collines

Où l’hiver hurle, et la cinglante pluie

Mais si la lugubre tempête glace

Une lumière est là pour réchauffer

 

La maison est vieille, nus les arbres

Et sans lune ploie la voûte brumeuse

Mais est-il rien sur terre d’aussi cher

Pour l’exilé que l’âtre du foyer ?

 

L’oiseau silencieux perché sur la pierre,

La mousse humide gouttant sur le mur,

L’allée du jardin envahie d’herbes

Je les aime tous – oh de quel amour !

 

Est-ce là que j’irai ? ou chercherai-je

D’autres latitudes, un autre ciel

Où la langue est musique familière

Et parle en accents chers au souvenir ?

 

Oui, comme je rêvais, la pièce nue,

Le feu vacillant se sont évanouis

Et du fond de la maussade pénombre

Je suis passée à un jour lumineux,

 

Une petite sente verte et perdue

Débouchant sur un vaste herbage ;

Au loin, bleuâtre, irréelle, une chaîne

De monts déployée alentour – 

 

Une terre si calme, un ciel si clair,

Un air si doux, si tendre, si ouaté

Et, pour accroître encore la féerie,

Des moutons sauvages broutant partout – 

 

Ce paysage – je le connaissais bien

Je connaissais tous les sentiers à la ronde

Qui sinuant sur chacun des reliefs

Marquent les pistes des daims vagabonds

 

Si j’avais pu rester là rien qu’une heure

Cela m’eût payée de jours de labeur

Mais le réel a eu raison du rêve ;

J’entends qu’on tire mes verrous – 

 

Alors que je m’absorbais, l’œil ravi,

Dans un si profond, si précieux délice

Mon heure de repos avait fui

Me rendant à l’épuisant souci – 




Je passe une partie de mes vacances à quelques kilomètres du presbytère des Brontë, même si je ne compte pas y aller. L'occasion de vous mettre ce poème si puissant.


jeudi 1 août 2024

Au-delà de cette limite il faut que ton pas soit aussi léger qu’une aile de papillon.

 


Chloé Cruchaudet, Céleste, tome 2 Il est temps Monsieur Proust, 2023 aux éditions Soleil.

 

Souvenez-vous. Céleste raconte ses souvenirs, ses années auprès du Proust. On vient recueillir son témoignage comme autant de gouttes d’eau sacrée qui seraient capables de rendre la vie.

Mais Céleste est pleine de malice. Alors elle raconte. Les petites manies et les angoisses du grand homme. Comment elle lui était indispensable. Comment il était despotique. Mais comment elle réussissait à le manipuler (et à manipuler les recueilleurs de témoignages). C’est plein d’humour et de tendresse. Comme son illustre patron, Céleste a le goût des mots.


Il y a le bazar du Goncourt. Un joli hommage à Colette encore. J’aime beaucoup le duo que Céleste forme avec sa sœur Marie.

Il y a toujours ces jolis dessins, avec les aplats colorés et les silhouettes noires. 

Le joli récit de cette drôle de relation d’obéissance, de confiance, d’estime et d’amitié entre un écrivain et sa domestique, qui fut aussi en partie la gardienne de la mémoire, mais surtout la collaboratrice de la Recherche. Sans Céleste, pas de paperolles, le grand roman serait tout autre et plus court.




Billet sur le premier volume.

Participation à l'année proustienne de Claudia Lucia et Miriam.


Pour le blog, il est temps de prendre du repos. Pour moi, encore une semaine à attendre avant de partir. Il y aura ici un ou deux poèmes au mois d'août et reprise des programmes habituels fin août ou début septembre. À bientôt !